Intervention sur l'innovation pédagogique (P.A.)

Publié le 6 Juin 2019

De prime abord, l'innovation pédagogique semble une notion assez simple signifiant la nouveauté et le changement, une implication progressiste dans le métier, une recherche de perfectibilité. Pourtant, une recension sur internet ou en bibliothèque montre la complexité du sujet que forme l'innovation pédagogique. Et en même temps sa grande richesse comme un grand marché où chaque enseignant peut venir y chercher ce qui lui manque, ce qu'il souhaite tenter ou le maillon manquant pour réussir sa classe.

Classe Inversée, Projet de groupe fictif, SPOC, MOOC, Travaux pratiques dans des Fablabs, Amphi interactif, Learning Labs, Design Thinking et Serious Game : autant d’innovations pédagogiques promues et expérimentées dans les établissements de formation.

L’innovation pédagogique, de quoi parle-t-on ?

L'INNOVATION EN QUESTIONNEMENTS

Les pratiques innovantes en éducation, par Marie-Ève Lacroix et Pierre Potvin, Université du Québec à Trois-Rivières (2009)

http://rire.ctreq.qc.ca/les-pratiques-innovantes-en-education-version-integrale/

« J’ai réussi à établir le portrait robot du bon enseignant. Il est innovant : il fait manipuler ses élèves, les fait découvrir par eux-mêmes, il s’appuie sur leur intérêt, les fait travailler en groupe, notamment dans le cadre de projets. Depuis quelques années il inverse sa classe... il est un fervent utilisateur du numérique... Cette vision un peu caricaturale de la pédagogie innovante correspond-elle à une réalité ? Ces innovations sont-elles vraiment nouvelles ? Améliorent-elles les apprentissages des élèves ? » André Tricot

Intégralité de la conférence donnée par André Tricot le 25 janvier 2018 à Bayonne lors Eidos64 : « Il faut inverser la classe », « le numérique permet d’innover en pédagogie », « les élèves apprennent mieux en groupe » ou « en découvrant par eux-mêmes », « en conduisant des projets » et « en étant actifs », « il faut leur proposer des situations authentiques » et suivre « une approche par compétences » sont autant d’affirmations que vous avez sans doute entendues souvent si vous exercez le métier d’enseignant. En formation initiale ou continue on vous a peut-être expliqué que ces idées étaient innovantes ou on les a opposées à la fameuse « pédagogie traditionnelle ». Sans doute voulait-on souligner que ces idées permettent aux enseignants de mieux enseigner et aux élèves de mieux apprendre. Mais en sommes-nous vraiment certains ? Quel est l’état des connaissances scientifiques à propos ces idées pédagogiques très générales ? L’innovation pédagogique ne serait-elle pas plutôt dans ces toutes petites choses que chacun fait dans sa classe, un peu chaque jour ?

André Tricot, qui travaille à l’ESPE (école supérieure du professorat et de l’éducation) de Toulouse et au laboratoire Cognition, langues, langages, ergonomie, examine ainsi un certain nombre d’assertions, non pour les remettre forcément en cause, mais pour relativiser leur portée, pour les mettre à distance, le chercheur étant là souvent pour décevoir l’amateur de solutions magiques et radicales.

Ainsi, faire manipuler les élèves ne conduit pas nécessairement à mieux apprendre et peut être source de perte de temps, mais la manipulation est plus qu’utile dans l’acquisition de savoir-faire, comme le montre l’exemple très concret de l’«  orthosport  ». Certaines innovations sont couteuses en énergie et donc moins efficaces que d’autres plus classiques. Non, expliquer n’empêche pas forcément de comprendre, pour démentir un slogan parfois utilisé par des mouvements d’éducation nouvelle. La pédagogie de projet, sur laquelle il y a trop peu d’études, est très utile pour apprendre à monter un projet, mais il n’est pas toujours sûr qu’elle soit efficace sur le plan des savoirs. Ni l’utilisation du numérique, ni l’inversion de la classe ne constituent des panacées.

Au fond, la notion d’« innovation  » ne ressort pas indemne de ce livre, que seule une lecture paresseuse pourrait considérer comme une remise en cause des pédagogies actives et centrées sur l’apprenant. Dans son introduction, l’auteur précise : «  Ce n’est en aucun cas un livre contre l’innovation pédagogique que vous avez entre les mains. C’est simplement une analyse critique, fondée sur l’idée que l’enseignement peut relever d’une certaine rationalité et, à ce titre, subir ou bénéficier des connaissances scientifiques.  »

De nombreuses références bibliographiques et des résumés de recherches diverses étayent des propos exprimés toujours avec clarté et sens de la nuance. Voilà encore un livre qui mériterait bien plus de notoriété que tous ces libelles bâclés et sans vraies références, qu’ils soient favorables ou défavorables à l’innovation. Lire ce livre doit faire partie de l’hygiène du pédagogue engagé.

Extrait des Cahiers pédagogiques, lien ci-dessous

ECHANTILLON DE PRATIQUES INNOVANTES

L'auto-socio-construction du savoir : un pilier pour l'école ?

L'auto-socio-construction du savoir : un pilier pour l'école ?

La méthode heuristique en mathématiques... et ailleurs ?

La méthode heuristique en mathématiques... et ailleurs ?

L'enseignement flexible en toutes disciplines ?

L'enseignement flexible en toutes disciplines ?

Travailler debout, lire allongé par terre, discuter sur un ballon de stabilité… Voilà quelques exemples de ce qu’on peut faire dans une classe « flexible »!

Qu’est-ce que le flexible seating?

Ouvrez la porte d’une classe et voyez ces élèves lire allongés sur un tapis, ou debout travaillant ensemble à un problème de maths pendant que d’autres rebondissent doucement sur des ballons de stabilité. Bienvenue dans une classe à l’aménagement flexible (flexible seating).

Dans une classe flexible, avec ou sans bureau, l’enseignant laisse une grande partie du contrôle et plusieurs choix d’activités d’apprentissage à ses élèves. Les compétences en résolution de problèmes, en pensée critique, en collaboration ainsi que la productivité augmentent, selon ceux qui ont adopté l’approche.

Le monde change. « Nos salles de classe ne devraient pas avoir la même apparence qu’il y a 50 ans », estiment les promoteurs du flexible seating.

Qu’en dit la recherche?

Déjà en 1912, Maria Montessori observait que les enfants assis à leur bureau pour de longues heures devenaient agités, indisciplinés, perdaient leur concentration ou encore devenaient amorphes.

La célèbre Clinique Mayo à Rochester, NY, suite à une étude menée auprès de 300 élèves pendant une toute une année scolaire, a trouvé que le fait de travailler debout à des tables, de bouger pendant la classe et d’utiliser une variété de postures augmentait de 12 % la capacité d’attention des jeunes. Standing room only in classroom of the future rapporte cette expérience.

Les recherches de Ranjana Mehta, du Texas A&M Ergonomics Center, indiquent aussi que bouger améliore les capacités d’apprentissage. Non seulement les élèves brûlent plus de calories, mais ils sont aussi plus attentifs.

Les ballons de stabilité sont particulièrement intéressants pour les garçons, écrit K. Wuatt

Les études se poursuivent et indiquent que ces types d’aménagement pour les salles de classe sont favorables à l’apprentissage.

La classe flexible est un concept qui trouve son origine aux Etats-Unis et au Canada. Il est rare au niveau de l’enseignement secondaire. Le principe général est d'aménager le lieu d’apprentissage afin de permettre aux apprenants à trouver la position qui leur apportera le plus de confort et de concentration en fonction de l’activité qu’ils doivent mener. Ainsi la classe flexible se caractérise par une série d’îlots de travail permettant aux élèves de prendre des postures différents. En fonction des activités qui sont proposés, ils pourront changer de place ou d’assises. La mise en îlots des bureaux a pour but de favoriser l’interaction entre les apprenants. La classe fexible se situe dans une logique de pédagogie de la collaboration ,coopérative ou différenciée. En outre,  l’élève qui souhaite s’isoler peut le faire d’une manière ou d’une autre. L’objectif est de faire correspondre l’espace classe au besoin des élèves. la question que posent les fondateurs de ce principe pédagogique est "Est-on fait pour rester assis autant d’heures par jour ?" L'hypothèse est qu'apporter plus de confort aux élèves, en leur permettant de bouger, augmente leur niveau de concentration et aussi le niveau d’interaction. 

Plus d'infos sur ce site : http://www.intelligences-multiples.org/intelligences-multiples2/classe-flexible/

la classe inversée ou renversée avec l'appel au numérique ?

la classe inversée ou renversée avec l'appel au numérique ?

La classe inversée (ou « renversée », en anglais : « flipped classroom ») est une approche pédagogique qui inverse la nature des activités d'apprentissage en classe et à la maison. Les rôles traditionnels d'apprentissage sont modifiés selon l'expression « les cours à la maison et les devoirs en classe ».

Wikipedia

Le fonctionnement est le suivant : les élèves reçoivent des cours sous forme de ressources en ligne (en général des vidéos) qu’ils vont pouvoir regarder chez eux à la place des devoirs, et ce qui était auparavant fait à la maison est désormais fait en classe, d’où l’idée de classe “inversée”. En réalité, on va surtout profiter du temps libéré en classe pour organiser des activités, des projets de groupe et des échanges qui vont donner un vrai sens au contenu scolaire. Beaucoup de variantes sont possibles, mais la finalité est de passer d’un modèle centré sur le professeur à un modèle centré sur l’élève afin de répondre aux besoins individuels de chacun.

Groupe d'élèves et leur professeur utilisant le modèle de classe inversée

Professeur guidant un groupe de travail

Il s’agit donc davantage d’une philosophie que d’une méthode à proprement parler. C’est une façon d’aborder l’enseignement, de repenser ce qui est fait en classe pour améliorer l’expérience d’apprentissage. C’est un outil au service du professeur que celui-ci peut adapter selon ses élèves et ses objectifs. Voilà pourquoi il existe autant de façons d’inverser sa classe que l’on peut en imaginer.

Les cours mis à disposition des élèves peuvent provenir de sources diverses, y compris du professeur lui-même s’il souhaite créer son propre contenu (si c’est votre cas, vous trouverez des outils et des conseils dans les autres parties de ce site). On observe même des élèves proposer leurs propres vidéos. En clair, tout ce qui fonctionne bien peut être utilisé.

Un modèle plus humain

Le professeur a un rôle de tuteur et aide un élève sur un ordinateur lors d'une classe inversée

Les interactions deviennent plus conviviales

Les avantages de ce modèle sont multiples, mais le principal est la liberté qu’il procure. Il est libérateur pour les élèves car ils ne sont plus contraints à rester assis en silence durant des heures, ils peuvent désormais “vivre” en classe et avoir des échanges riches avec le professeur et les autres élèves. Ce modèle est aussi libérateur pour le professeur, qui n’est plus obligé de répéter encore et encore les mêmes leçons à des classes endormies ou agitées, et qui a enfin du temps pour discuter directement en tête-à-tête ou en petits groupes avec ses élèves. Il prend alors un rôle de tuteur, à leur coté et toujours disponible, ce qui lui permet de mieux les découvrir et de les comprendre. Il peut adapter son aide en fonction de chacun et son travail en devient plus efficace. C’est aussi plus gratifiant car les élèves le considèrent maintenant comme un pair toujours prêt à les aider plutôt que comme une figure autoritaire. Les relations sont donc plus détendues et les résultats scolaires s’en trouvent améliorés.

 

…et plein de bon sens

Elèves qui utilisent une tablette iPad en classe inversée

Atelier d’écriture collective

D’un point de vue pratique, ce fonctionnement est encore une fois plus logique : un élève qui bloque sur un problème n’est plus contraint à baisser les bras tout seul chez lui. Ce travail sera dorénavant effectué en classe, laquelle pourra prendre des allures d’atelier géant où l’entraide et la collaboration prennent le pas sur la compétition. 
D’autre part, lorsqu’un élève regarde ses cours en vidéos, il peut mettre en pause à tout moment et revoir un passage autant de fois qu’il le souhaite pour être certain de l’avoir bien compris. Il peut aussi en profiter pour noter des questions qu’il posera ensuite au professeur en classe. A l’inverse, dans le modèle classique, peu d’élèves osent interrompre un cours et avouer qu’ils n’ont pas compris quelque chose, ils passent alors le reste de l’heure perdus car il leur manque un élément, et quand vient la fin du cours, le professeur n’a bien souvent plus de temps pour répondre aux questions.

Des territoires pour l'innovation pédagogiques ?

Des territoires pour l'innovation pédagogiques ?

Un site participatif, lieu de partage et d’échange autour des initiatives et des innovations pédagogiques dans l’enseignement supérieur francophone.