Opinion : La semaine où le macronisme a été mis à nu

(extrait d'article d'opinion)

Les affaires Delevoye, Pietraszewski et Pénicaud révèlent, selon Mathieu Slama, l'essence du marconisme, une étape inédite dans le mélange des genres entre business et politique.

Il faut finalement remercier cette réforme des retraites qui, si l’on parvient à passer outre ses (futurs) effets désastreux, a eu une conséquence à laquelle ne s’attendaient sans doute pas Emmanuel Macron, Edouard Philippe et leurs ministres. Plusieurs épisodes, qui se sont succédés cette semaine, ont contribué à montrer le vrai visage du macronisme – et à mettre un terme aux faux semblants et autres malentendus qui pouvaient persister après le début de la crise des "Gilets jaunes".

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Ces trois affaires résument à elles-seules l’essence même du macronisme, qui franchit une étape inédite dans le mélange des genres entre business et politique. Le macronisme, ce n’est plus seulement des liaisons dangereuses entre le monde politique et le monde des affaires, mais le monde des affaires lui-même qui accède au pouvoir. Au sein du gouvernement, Edouard Philippe (Areva), Muriel Pénicaud (Danone), LaurentPietrascewski (Auchan), Elisabeth Borne (RATP), Emmanuel Macron lui-même (Rothschild), Brune Poirson (Veolia) : on retrouve aux commandes de l’État des anciens cadres dirigeants de multinationales et de grands groupes, pour certains millionnaires. Beaucoup de leurs conseillers viennent également de ce monde de l’entreprise : le directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, pour ne donner qu’un exemple, est un ancien du MEDEF. Et n’oublions pas les parlementaires de la majorité, dont beaucoup viennent également du monde de l’entreprise, à commencer par l’inénarrable député Gilles Le Gendre, qui s’était distingué pendant la crise des "Gilets jaunes" par sa défense de la ligne du gouvernement, qu’il jugeait trop "intelligent" et "subtil"(sic).

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Le régime Macron est un régime de managers. Chaque sujet politique est un problème à résoudre, de la même manière qu’un manager cherche à résoudre les problèmes de "ressources humaines" qui se posent à lui. Des managers qui nous parlent en permanence de "pédagogie" et de "réformes nécessaires", de "dialogue" et d’"écoute", et qui dépolitisent chaque sujet au nom de la sacro-sainte compétitivité et croissance.

"There is no alternative" : si vous êtes contre, c’est que vous n’avez pas compris ! Alors que le sens même de la politique est le débat et la confrontation entre des visions du monde contradictoires.

Beaucoup de commentateurs s’étonnent de la surdité du gouvernement à la colère sociale. Nous formulerons l’hypothèse suivante : la bourgeoisie managériale qui gouverne avec Macron n’a absolument aucune idée de ce que compter pour vivre signifie. Leur monde est tellement éloigné de celui des "Gilets jaunes" et des Français en colère aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas comprendre cet autre monde, ses inquiétudes, ses colères, ses revendications, ses exigences. D’où cette surdité qui se traduit en coups de matraque lors des manifestations et en mépris social dans les discours. La vraie cassure est là.