Regards sur le tact dans la relation pédagogique

Parler du tact à l'école peut sembler un sujet peu signifiant. Pourtant Eirick Prairat, dans un article publié dans le numéro 39 de Recherches en éducation, nous convainc du contraire avec des propos qui concernent à la fois les enseignants  des écoles mais aussi les formateurs d'adultes.

Selon E Prairat, le tact nécessite bien d'autres qualités que le volonté de ne pas blesser. "Le tact peut être défini comme un art de juger et une manière de se conduire", explique t-il. C'est "une vertu de la relation. il est tout autant intelligence de la situation qu’intuition en situation. Capacité à toucher juste, à être pertinent".

 

Mais pour lui , il y a un tact propre au métier enseignant, un tact professoral. "La civilité est respect des conventions et des usages établis alors que le tact se manifeste là où précisément les règles et les recommandations viennent à manquer. Il supplée à cette absence, il est vertu de l’intervalle".

 

Le tact apparait comme un moyen de maintenir le lien avec l'élève. Pour E Prairat , "la parole magistrale n’est pas seulement un outil didactique, elle est aussi une manière d’engager et de faire vivre une relation originairement éthique. Le professeur est non seulement responsable de ce qu’il dit mais aussi de la manière dont il le dit".

 

Il ne s'agit pas de copiner avec les élèves. "La qualité du lien, en matière d’enseignement, ne se mesure pas à un degré de proximité mais à la manière dont on fait vivre la bonne distance, qui est toujours un mixte d’empathie et de respect de l’intimité... La parole magistrale sera une parole polie (mais sans pathos), faite de retenue (mais sans dissimulation) et chaleureuse (mais sans familiarité).

EIRICK PRAIRAT, numéro 39 de la revue Recherches en éducation

Le tact au cœur de la parole professorale

Dans cet article, nous proposons une réflexion sur la parole professorale. Avant d’être expositive ou questionnante, avant d’être didactique, la parole professorale est quête d’un lien. La parole professorale est originairement éthique. La première partie de ce texte explore les deux grandes facettes du langage : le langage comme instrument de pensée et le langage comme instance qui nous relie. Dans la deuxième partie, nous montrons que la vertu qui est au coeur de la parole professorale est la vertu de tact car le tact est tout autant sens de l’adresse que sens de l’à-propos. Enfin, dans la troisième et dernière partie, nous montrons que la qualité du lien, en matière d’enseignement, ne se mesure pas à un degré de proximité mais à la manière dont le professeur fait vivre la bonne distance.

Quoi qu’il en soit de ce débat (le tact : cousin germain ou grand frère de la civilité ?) qui ne nous semble pas décisif, car les deux thèses se rejoignent pour affirmer que faire preuve de tact c’est faire preuve d’une juste attention aux choses et aux personnes en prêtant attention à nos manières de dire et faire. C’est moins avoir de bonnes manières que des manières bonnes, et ce n’est pas jouer sur les mots que de parler ainsi. L’homme qui a du tact est le contraire même de l’homme maniéré, du pédant, du précieux (Barthes, 2002, p.64). Ce dernier mime les codes de la bonne conduite, il les « surjoue ». Il peut même, ironie de la situation, se servir de sa connaissance des usages pour en tirer quelques bénéfices.

Revue Recherches en éducation n°39

La qualité du lien, en matière d’enseignement, ne se mesure pas à un degré de proximité mais à la manière dont on fait vivre la bonne distance, qui est toujours un mixte d’empathie et de respect de l’intimité. « On peut dire quelque chose avec tact », écrit Gadamer. « Mais cela signifie toujours qu’avec tact on passe sur quelque chose que l’on s’abstient de dire et que c’est manquer de tact que de mentionner expressément ce sur quoi on ne peut que passer. Or, passer sur quelque chose, ce n’est pas en détourner le regard, c’est l’avoir en vue de manière à passer par là, pour ainsi dire, mais sans s’y heurter. Le tact permet de rester à distance. Il évite ce qui est choquant, la proximité trop grande par rapport à la personne et les blessures que l’on infligerait à son intimité » (Gadamer)

Revue Recherches en éducation n°39

Aussi, la parole magistrale sera une parole polie (mais sans pathos), faite de retenue (mais sans dissimulation) et chaleureuse (mais sans familiarité). Elle veillera aussi à ne pas céder à la facilité désobligeante de fustiger l’absent (Lacroix, 2010, p.66-68)

Revue Recherches en éducation n°39