Le Jour d'Après à l'université : avenir de l'enseignement - apprentissage 100% numérique ? le débat estival

Publié le 21 Juin 2020

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Dans une interview au journal Le Parisien, Frédérique Vidal explique avoir demandé aux établissements de l'enseignement supérieur de faire durer les cours magistraux à distance l'année prochaine.

La ministre de l'enseignement supérieur laisse beaucoup de latitude aux universités qui n'ont pas toutes les mêmes contraintes, en fonction de la configuration des bâtiments ou du nombre d'étudiants. Cela dépendra aussi de la situation sanitaire en septembre. Mais elles doivent anticiper dès maintenant, surtout s'il faut lancer des travaux pendant l'été, équiper des salles en systèmes de visioconférence. L'idée serait de maintenir un maximum de cours à distance, ce que les professeurs ont déjà fait depuis mars. (...) Les cours en amphi pourraient avoir lieu avec moins d'étudiants pour respecter les distances. Le professeur ferait son cours en direct ou serait enregistré pour les autres étudiants qui suivraient de chez eux à partir d'une plateforme. C'est une organisation qui fonctionne déjà par exemple pour les étudiants en médecine très nombreux. Et ce sera nécessaire pour les étudiants internationaux qui ne pourront pas forcément venir en France dès le premier semestre. (...) Les cours en amphi représentent environ un tiers du temps de formation. Le reste ce sont les TD, les travaux dirigés où les étudiants sont en plus petits groupes mais dans des salles plus petites. Là aussi, il faudra sans doute dédoubler les effectifs, avec un groupe A en présentiel, un groupe B à distance, imaginer des systèmes pour que les professeurs puissent répondre aux questions des étudiants. L'enjeu sera d'éviter que les jeunes décrochent, surtout en première année, ceux qui arrivent à l'université.

La rentrée universitaire 2020 aura bien lieu aux dates prévues, mais elle ne ressemblera pas à celle de 2019. La photo habituelle de l’amphi bondé a des chances d’être rangée dans les archives.

Certes, personne n’est encore capable de dire combien de mètres carrés par étudiant imposera la situation sanitaire en septembre, mais la ministre Frédérique Vidal a été claire le 8 mai dans Le Parisien : « On se prépare à plusieurs scénarios. » Et elle invite chaque université à réfléchir au maintien de cours à distance.

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« Cette crise a montré un engagement sans précédent dans un temps très court des équipes universitaires pour assurer la continuité pédagogique et les évaluations, salue Olivier Laboux, vice-président de la Conférence des présidents d’université (CPU) et président de l’université de Nantes. Trois mois et demi, c’est peu, mais on peut faire des choses pour la rentrée. À condition de ne pas bricoler. »

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Nous proclamons notre hostilité foncière à une telle généralisation de l’enseignement à distance et ce pour plusieurs raisons. La première est d’ordre pédagogique : seule une personne n’ayant jamais enseigné peut soutenir que la distance est préférable à la présence, y compris dans des amphithéâtres contenant plusieurs centaines d’étudiants. La transmission du savoir passe par une interaction avec son auditoire : des tournures de phrase, des inflexions de la voix, des mimiques, des plaisanteries ou des provocations, des divagations font partie intégrante de l’enseignement. L’enseignant doit pouvoir échanger avec le public qui lui fait face.

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Pour le dire trivialement, il doit «se passer quelque chose» en amphithéâtre (au «théâtre») ou en salle de classe et, soyons-en certains, il se passe quelque chose. Le recours au numérique est donc un complément très utile, mais il ne sera jamais qu’un complément. (...) une part non négligeable d’étudiants sont victimes de ce qu’on appelle la «fracture numérique». Soit ils ne disposent pas de matériel informatique, soit ils n’ont pas de connexion internet fiable : ces étudiants, les plus démunis souvent, sont donc condamnés à la mort universitaire.

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On peut encore imaginer un système «hybride» là où les étudiants sont peu nombreux : les règles de distanciation sociale pourraient être respectées et permettre aux étudiants de fréquenter physiquement l’université pour une partie des cours, l’autre étant prodiguée à distance. Mais l’euphémisme de l’hybridité perd toute pertinence lorsque les effectifs sont pléthoriques : alors il n’y a pas d’autre choix que le «100 % à distance».

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La plupart des grandes universités font désormais une priorité du développement de leur offre de cours en ligne :

La nouvelle est tombée le 12 mai : les vingt-trois campus de l’Université d’État de Californie (California State University, CSU), qui accueillent chaque année quelque 500 000 étudiants du premier cycle au master, ne rouvriront pas leurs portes à l’automne prochain car les cours seront exclusivement dispensés en ligne. C’est le signal le plus spectaculaire de l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur le système universitaire américain, commente The New York Times. (...)  Au Canada, l’Université McGill et l’Université de Colombie-Britannique ont fait des annonces similaires, tandis qu’à l’Université de Montréal et à l’Université d’Ottawa seuls quelques cursus devraient donner lieu à des cours sur le campus, précise CBC News.

Article complet ci-dessous

Proposition de loi déposée le 19 mai par la députée LR Frédérique Meunier visant à instaurer "l’enseignement numérique distanciel" dans les établissements scolaires. "Pour les universités, cela pourrait éviter des frais de logement et d’études aux étudiants dont les parents ne peuvent assumer des études longues et coûteuses", argue la députée. Cela étant, tout reste à faire pour accueillir les étudiants à la rentrée prochaine, sur les bancs de la fac ou par écran interposé. Seule certitude, celle-ci aura bien en septembre, a affirmé la ministre de l’Enseignement supérieur. 

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En France, le maître mot de la rentrée à l’université est un barbarisme: l’hybridation. Il s’agit de faire cours, pour partie en classe et pour partie en ligne. Un barbarisme donc, qui va créer une chimère: l’étudiant, moitié réel, moitié virtuel. Voilà un joyeux capharnaüm qui s’annonce.

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Les bons élèves, ceux qui sont dans un milieu favorisé, qui ont une bonne culture générale, qui ont un encadrement à la maison, etc. Ceux-là s’adaptent assez facilement à n’importe quelle méthode. Donc ce n’est pas nécessairement pour eux qu’on va faire des innovations pédagogiques, puisque quoi qu’il arrive, ils réussiront. Je pense, au contraire, que la classe inversée va responsabiliser les étudiants. En tant qu’enseignant, j’essaie de les motiver. C’est en s’impliquant qu’on réussit. Certains s’impliquent en traînant les pieds, mais en général ça fonctionne. Avec l’expérience que j’ai, il y a quand même moins de jeunes qui ne travaillent pas du tout, lorsque l’on enseigne de cette manière. C’est plus facile de repérer les décrocheurs...

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Pédagogie universitaire en Débat : Pour ou contre généraliser l’université 100% en ligne ?

- POUR : Clément Meslin, co-fondateur et CEO d’Edflex, une plateforme qui recense des formations en ligne et gratuites

En 2020, le professeur ne détient plus le savoir. Dans de nombreux domaines, Il n’est plus aussi indispensable qu’au XXème siècle et un bon orateur/animateur avec les bons outils pédagogiques pourrait donner cours. Pourquoi ? Car au XXIème siècle - et même dans cette décennie qui s’ouvre, c’est l’intelligence collective (et Internet) qui incarne les connaissances que l’on recherche en faisant des études. C’est pourquoi l’université de demain doit être 100% en ligne.

(...)

L’université 100% en ligne permet de pouvoir se former depuis n'importe où, à son propre rythme, et n'empêche pas de garder un suivi avec les enseignants grâce aux outils disponibles.

Ce type de formation offre un socle de connaissances commun à tous. Ce qui n'est pas toujours le cas quand les professeurs varient selon les classes. C’est, je le crois, la garantie du principe d'égalité.

(...)

Ajoutons aussi que l’éducation 100% en ligne bénéficie au plus grand nombre. Elle est accessible dans toutes les régions du monde, y compris celles en voie de développement, sans que l’on ait besoin de louer des locaux ou de déplacer des populations. 

Grâce à cette technologie, les enseignants sont aussi capables de repérer les étudiants en difficultés plus facilement (avec l'analyse des statistiques) et peuvent venir en aide aux étudiants.

Je précise aussi que l'université numérique n'induit pas une perte complète du présentiel et du contact humain avec les apprenants. À l'instar des MOOC, si des forums / groupes de travail se créent, les apprenants peuvent se rencontrer / échanger entre eux et cela doit même être encouragé.

-CONTRE : Christine Gangloff Ziegler, vice-présidente de la Conférence des présidents d’université (CPU) et présidente de l'université de Haute-Alsace

Je tiens à ce que l’université reste un lieu de rencontres entre étudiants, équipes pédagogiques et chercheurs. Grâce à ces échanges en face-à-face, les étudiants peuvent s’enrichir, construire leur propres idées, acquérir une plus grande maturité, en se confrontant à l’autre. C’est à travers cette socialisation étudiante que nos jeunes se préparent à la réalité du monde de l’entreprise. 

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 À la fin d’un cours, un étudiant vient facilement poser des questions à un professeur, et il peut faire part de ses difficultés, y compris personnelles à l’enseignant. Si un étudiant peine à comprendre quelque chose, il peut aussi se faire aider par d’autres camarades en échangeant de façon informelle, chose qu’il ne peut pas faire aussi spontanément quand il est seul derrière son écran. 

(...)

Du côté des enseignants, quand ils sont dans une salle de cours avec des étudiants, ils arrivent à sentir l’état d’esprit général, à rectifier le tir si le message ne passe pas, ils s’adaptent à leur public. Quand ils enseignent à distance, c’est une toute autre histoire, ils n’ont pas véritablement de retour immédiat, donc ne peuvent pas adapter leur pédagogie. 

(...)

 Si l’on veut créer un cours pour le diffuser sur Internet, il faut revoir tout le système pédagogique, il faut former les enseignants pour qu’ils soient capables de penser leurs cours selon un modèle spécifique en insistant sur les points importants, en formalisant beaucoup plus précisément le propos. C’est tout un concept, toute une organisation à prendre en compte.

(...)

L’université avec ses murs, ses salles de classes ou encore sa bibliothèque peut compenser en partie les inégalités entre étudiants. Car, ses locaux offrent une respiration, un espace de travail plus serein, des ressources accessibles à tous. 

QUESTION... A SUIVRE...