Témoignage : Système D à l'école

Pas facile d’assurer la continuité pédagogique à distance lorsque ses élèves ont l’habitude d’échanger avec des scientifiques directement sur la plage pour étudier l’environnement marin. Mais Véronique Léandre, enseignante à St Leu Centre (La Réunion) a su mettre à profit le blog Beneylu School pour que sa classe de CM2 continue de s’impliquer dans leur apprentissage quotidien.

A l’origine de cette excellente série en 11 épisodes publiée à partir de ce mercredi sur les réseaux sociaux, on trouve Portemire, l’agence de contenu cofondée par Mathieu Michal. (...) Quelques nuits blanches plus tard, le projet voit le jour. Une web-série « d’utilité publique », pas pensée pour « être vendue, mais simplement pour alimenter la réflexion sur l’enseignement à distance ». Onze témoignages, recueillis dans ce format « webcam » qui restera à jamais associé à nos jours de confinement.

Des attelles sur la fracture numérique

Michelle, prof de français et de latin dans un collège de Limay (Yvelines), fait partie des témoins. « On lit beaucoup de choses sur le travail des enseignants pendant le confinement. Beaucoup de bêtises… Alors quand on nous donne la parole, il faut la prendre », explique-t-elle aujourd’hui. Manon, prof de français dans un collège de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), confirme. « J’étais choquée par la vision réductrice qu’on donnait de notre travail dans les médias, explique-t-elle. Les gens avaient du mal à se rendre compte de ce qui se jouait pour chaque enseignant dans cette situation. Alors quand on m’a parlé de cet appel à témoignage, j’ai voulu participer. »

Pour garder le lien avec ses élèves, l’enseignante s’est appuyée sur les services qu’ils utilisent au quotidien. Instagram, en tête. « Beaucoup de mes élèves n’ont pas d’ordinateur mais ils ont un smartphone. Instagram a été pensé pour le mobile, c’était l’outil parfait pour toucher mes 3es. J’ai créé une page Instagram de ma salle de classe et je les ai tous récupérés. »

« A entendre les journalistes, tout le monde aurait un ordi et un smartphone. Mais ce n’est pas vrai, nuance Michelle. Tout le monde n’a pas un smartphone. Tout le monde n’a pas accès à Internet. » Pour assurer la continuité pédagogique, c’est sur le bon vieux manuel qu’elle s’est appuyé. Son collège met également à disposition des familles des packs de photocopie des cours, à récupérer avant 8 h le lundi.

Alimenter la réflexion

Si la série s’appelle Système D, c’est parce que face à ces contraintes d’équipement, au manque de connaissance informatique des élèves ou des profs, les enseignants qui témoignent ont rivalisé d’ingéniosité. A écouter Manon présenter ses playlists Netflix, des recommandations de docus ou de films adaptés au programme de ses collégiens, ou Michelle expliquer comment de simples MMS lui permettent de vérifier que le travail a bien été effectué, on mesure le foisonnement d’initiatives qui ont vu le jour en quelques semaines et le potentiel qu’elles représentent pour les années à venir.

Mathieu Michal ne compte pas en rester là. Il continuera peut-être les interviews dans les mois à venir, reviendra sur les initiatives qui ont le mieux marché.

« Le scénario de ce confinement a été une énorme chance pour nous professeurs, dit Michelle en entame de sa vidéo. Si on l’avait su deux semaines avant, on aurait dû répondre à des tas de polémiques et on aurait été noyés sous les interdictions. Alors que là, finalement on a tout osé. » Aujourd’hui elle ajoute : « Une classe, c’est un laboratoire. On essaye en permanence beaucoup de choses, notamment des choses qui ne marchent pas.

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