Le jour d'après : Témoignages, les étudiants dessinent l’université du futur

Publié le 8 Août 2020

L'innovation pédagogique va de pair avec une meilleure implication des étudiants dans la construction des cursus. Shutterstock
François Taddei, Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI)

Lors d’un colloque sur les Initiatives d’excellence en formations innovantes (IDEFI), organisé le 2 décembre 2019, cinq étudiants ont été invités à partager leur vision de l’université de 2030 face aux enjeux de développement durable. Au fil de la discussion, des initiatives pour répondre à la nécessaire évolution de l’université ont émergé, et à travers les témoignages, de nombreuses idées prometteuses sont apparues.


Nous avons chacun trouvé un emploi grâce à nos études, et il est certain que le fait d’être allés à l’université nous a ouvert des opportunités. Si nous nous exprimons maintenant, c’est parce que nous avons évolué dans des structures différentes de l’organisation universitaire traditionnelle, et que celles-ci nous ont paru extrêmement bénéfiques. En nous donnant accès à des pédagogies originales, en nous permettant de croiser différents domaines disciplinaires ou d’étudier à l’étranger, les IDEFI (Initiatives d’excellence en formations innovantes) nous ont permis d’étancher notre soif d’action et notre curiosité.

« Excellence », et « Innovation » sont pour nous des valeurs intrinsèques à l’apprentissage, et nous souhaitons nous aussi y apporter notre contribution en écrivant cet article.

Aujourd’hui, l’université française évolue, mais est pourtant en retard sur beaucoup d’universités européennes ou mondiales de même niveau. On entend beaucoup dire que la plupart des métiers de demain n’existent pas encore. Alors, comment nous former aux nouveaux besoins qui émergent dans un monde où les enjeux sociaux et climatiques ne sont plus une menace distante mais bien une réalité tangible ?

Si les diplômes d’aujourd’hui ne reflètent pas les besoins réels des entreprises et les connaissances nécessaires aux métiers de demain, pourquoi venir à l’université ? En somme, les étudiants doivent devenir des penseurs – acteurs – innovateurs. L’université peut devenir un exemple pour amener le bien-être et un équilibre sain dans la vie des présents et futurs travailleurs – acteurs. Voici ce que nous proposons et défendons pour l’université en 2030.

Plus de liens entre la fac et le monde professionnel

Nous vivons dans un monde qui bouge et évolue à une vitesse fulgurante. Se priver de contacts réguliers entre les théoriciens, les praticiens et les facilitateurs nous ralentit. En effet, les chercheurs explorent les meilleures techniques et processus, qui peuvent ensuite être promus par les législateurs, et utilisés par les entrepreneurs.

Cette démarche doit aussi être vue dans le sens inverse : grâce aux réalités du terrain, des problématiques rencontrées par les professionnels, et par des partages d’expérience, l’université a la possibilité de repenser ses contenus, d’inviter des intervenants, de promouvoir de nouveaux projets de recherche et d’innovation.

Au-delà de la technique, c’est donner une vision aux étudiants arrivant dans ce nouveau monde qu’est l’enseignement supérieur. Sans plan pour le futur, sans confiance en ses capacités, et sans le soutien de l’entourage professionnel et académique, comment peut-on avoir des citoyens responsables et orientés vers 2030 et le futur ?

C’est à cela que doit répondre une université en 2030, et les IDEFI en sont un bon exemple. En compilant le savoir-faire de centaines d’experts, de milliers de professionnels et de millions d’étudiants, nous pouvons atteindre l’innovation pure, la liberté de création et de développement de chacun. Il n’est pas uniquement question de créer de l’emploi ou une mission pour les « Innov’Acteurs », mais de pouvoir se développer personnellement, de se dépasser.

Laisser le temps aux étudiants de se chercher

Il n’y a pas de secret, personne n’apprend correctement sans intérêt pour ce qui est enseigné. Cette affirmation peut sembler évidente, mais de quel temps les jeunes bénéficient-ils pour prendre du recul sur leur vie d’adolescent qui se termine ?

Trop d’étudiants arrivent dans les facultés par défaut. Résultat : plusieurs centaines de jeunes se retrouvent dans un seul amphithéâtre – sans trop savoir, d’ailleurs, comment ils y sont arrivés – et sans savoir non plus si les paroles de l’enseignant, là-bas, très loin sur l’estrade, leur serviront un jour à quelque chose. Ajoutez à cela la découverte de la vie étudiante amenant ses nouvelles libertés à explorer… Alors, pourquoi ne pas laisser un peu temps à ces jeunes en formation pour mûrir et se poser les bonnes questions ?

Démocratiser les séjours à l’étranger, voici une solution qui a déjà fait ses preuves chez de nombreux étudiants et de nombreux pays. Elle permet aux jeunes de prendre conscience de la diversité et de la richesse des cultures du monde ainsi que des points forts et des problématiques propres à chacune.

Se débrouiller seul, approfondir une langue, rencontrer des personnes d’horizons variés aux modes de vie très différents, faire des stages, des petits boulots ou encore du volontariat. Voici autant d’expériences qui permettent à chacun de mûrir et d’élargir sa connaissance du monde.

Quelques mois plus tard, c’est toujours un jeune transformé qui revient au pays, et bien souvent c’est un jeune riche d’idées et de projets d’avenir. Ensuite viendra le moment de reprendre les études et suivre des cours ayant du sens, qui lui permettront de se réaliser… voire pourquoi pas, d’entreprendre ?

Favoriser l’entrepreneuriat étudiant

Nous le voyons chaque jour, les jeunes sont pleins de ressources, de motivation et d’idées, et beaucoup souhaitent aller plus loin. La création du réseau Pepite et la création du statut d’étudiant-entrepreneur sont un premier pas, très positif, pour encourager l’entrepreneuriat étudiant.

Cependant, est-ce suffisant ? Prenons Julien, 20 ans, qui a l’idée d’un nouveau produit alimentaire. Simple, écologique, bon pour la santé… le produit a tout pour plaire. Julien, lui, est convaincu et rêve de monter son entreprise. Mais combien de temps devra-t-il attendre, et comment être sûr que d’ici là personne n’aura eu la même idée ?

Son rêve ? Trouver une filière qui l’accompagne chaque jour dans son projet d’entreprise, et pouvoir travailler au quotidien pour découvrir les clés qui lui manquent pour voir son rêve devenir réalité.

Julien a besoin de connaissances qui s’enseignent très couramment : des bases en agroalimentaire pour sa recette, la connaissance des matériaux pour son emballage, des cours plus poussés de finances, gestion et marketing pour gérer son entreprise, et certaines notions de management pour diriger son équipe. Mais aujourd’hui, où trouver tout cela sans cumuler trois masters ? Julien est coincé et ronge son frein.

Comme le montre le succès croissant du réseau Pepite, Julien est loin d’être un cas isolé. Alors en 2030, pourquoi l’université ne serait-elle pas elle aussi actrice du succès des entreprises de ses étudiants ?

Développer l’apprentissage

Et pour ceux qui n’ont pas la fibre entrepreneuriale, que faire, et avec quels outils ? Pour nous, les formations en apprentissage constituent l’une des meilleures écoles. En plus d’apporter de l’expérience pratique aux étudiants – et donc de la crédibilité pour leur première embauche – l’apprentissage possède énormément d’avantages.

Par le réseau des formations, il s’agit de créer les conditions d’émergence de projets de recherche et rémunérer les étudiants pour leurs compétences. Cette démarche représente en outre une piste de solution au problème de la précarité étudiante qui contraint aujourd’hui un étudiant sur deux à travailler pendant ses études.

Organiser de grands débats

Les profils de personnes travaillant autour de la pédagogie sont très variés. De l’enseignant-chercheur qui tente de se libérer un peu de temps, aux personnalités politiques à qui la réalité du terrain peut échapper, divers métiers se penchent sur la question : ingénieurs pédagogiques, directeurs d’établissements, etc.

Cependant, tous ces acteurs n’ont que peu d’occasions de discuter tous ensemble, et les principaux intéressés – les étudiants – sont bien trop souvent absents. Alors, pourquoi ne pas les inviter à participer, en créant par exemple des discussions et débats autour de l’université de demain ?

L’ouverture encore plus large des débats aux entreprises et associations rendrait également possible l’émergence de projets communs, notamment en matière de développement durable.

Enfin, il existe en France des structures telles que les associations de professionnels seniors qui ne demandent qu’à partager leur expérience aux plus jeunes. Ces structures interviennent encore trop peu dans les établissements supérieurs, or elles pourraient avoir un réel apport pour les enjeux de professionnalisation et de formation.

Il faudrait aussi créer davantage de réseaux des anciens étudiants, et les mobiliser autant que possible pour guider les étudiants dans leur orientation et mieux les préparer à leur futur métier.

Faire contribuer les étudiants à la transformation de l’université

Face à cette nécessité de se réinventer, il est fondamental que les étudiants deviennent co-acteurs de cette transformation pédagogique. L’université doit prendre appui sur ses étudiants pour déterminer les capacités indispensables dont elle doit accompagner le développement pour se préparer aux défis de demain. Le développement durable est au cœur des préoccupations de notre génération, et l’université doit nous donner les clés pour l’intégrer dans la société de 2030, dans chacun de nos métiers comme dans notre quotidien !

Grâce à l’IDEFI Promising, nous avons par exemple travaillé sur une problématique de l’Université Grenoble Alpes : « Comment offrir des enseignements transdisciplinaires attractifs et enrichissants pour les étudiants de licence ? ».

Par une démarche de créativité et plusieurs confrontations au terrain, les étudiants ont eu la volonté de proposer de co-construire eux-mêmes leurs enseignements transversaux grâce à un hackathon en début d’année, réflexion ayant contribué à l’initiative « Hack ton campus » lancée plus tard par Disrupt’Campus à l’UGA.

Nous sommes conscients que les solutions proposées ne sont pas exhaustives et qu’il en existe bien d’autres, nous avons simplement essayé de traduire un besoin qui se fait sentir, mais qui est trop longtemps resté silencieux. Nous voulons donc en priorité donner la parole aux jeunes à travers la France, et de par le monde. Propager notre message aidera à cela. Nous sommes tous acteurs, mais nous avons besoin de producteurs, réalisateurs et techniciens pour le film intitulé Notre futur à tous.

Vous aussi, vous souhaitez être acteur du changement et proposer vos idées ? Alors sur les réseaux sociaux, utilisez le hashtag #universite2030 !The Conversation

François Taddei, Chercheur Inserm, directeur, Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Mettre en place des formes variées d'hybridation va aussi interroger le statut des enseignants, les formes d'exercice du métier, la formation. Il est encore temps d'y penser et d'y travailler alors que les INSPE sont à peine naissants. Mais il est aussi nécessaire que le ministère sorte de sa vision centralisatrice qui s'exprime encore aujourd’hui aussi bien dans les propos de ses responsables que dans ceux de leurs collaborateurs, mais aussi dans l'organisation structurelle de l'institution scolaire. Accompagner n'est pas imposer. A l'ère de l'UX design, on s'étonne de voir le mal que l'on a à associer les acteurs du quotidien aux questions qui les concernent. A ce point même qu'un certain nombre d'entre eux se dressent de manière caricaturale en travers de toute démarche qui vise à les associer, de peur d'être considérés comme complices... Nous n'avons pas non plus une culture de l'échange, du partage, mais aussi de la renonciation, voire même de la démocratie telle qu'elle a été imaginée il y a fort longtemps....

 

Bruno Devauchelle

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