Selection livre : « Le coaching scolaire - Un marché de la réalisation de soi »

Bonnes feuilles sur « Le coaching scolaire »

La durée d'un accompagnement en coaching est beaucoup plus courte que celle d'une thérapie.
Anne-Claudine Oller, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Qu’est-ce que le coaching scolaire ? Pourquoi cette pratique émerge-t-elle et qui y a recours ? Telles sont les questions qu’explore Anne-Claudine Oller dans son livre « Le coaching scolaire : un marché de la réalisation de soi », publié aux Presses universitaires de France en juin 2020. À l’occasion de la rentrée, période où reviennent les crispations autour des résultats et les questions de choix d’orientation, nous vous en proposons un extrait.


Pour revendiquer leur spécificité en matière d’accompagnement de la scolarité, les coachs cherchent logiquement à distinguer leur rôle de celui des autres acteurs qui entourent les enfants et les jeunes dans une optique éducative. Alors qu’ils s’appuient […] pleinement sur ces figures pour justifier leur expertise, ils présentent le principal atout du coaching comme résidant notamment dans le fait que le coach, tout en s’en approchant, n’est ni parent, ni enseignant, ni conseiller d’orientation psychologue, ni « psy ».

Ainsi, tout en mobilisant des outils issus de la psychologie comportementale dans le cadre de leur orientation dominante vers le développement personnel, les coachs cherchent à se distinguer de la figure du « psy » et des représentations négatives qu’en ont les parents et aussi les jeunes :

Vendre un travail avec un psy à son ado, c’est quelque chose qui ne passe pas très bien. Ce qui est plus vendable entre guillemets, c’est « Écoute, si tu avais un coach pour t’aider… » Parce que le coach a une connotation peut-être un peu plus positive, ça fait peut-être moins peur, ça remet moins les choses en cause ! Le coach, il est dans l’action ! Il est moins dans le « pourquoi, pourquoi, pourquoi ? » (Clara B.)

Pour beaucoup de jeunes, en effet, consulter un psychologue ou un thérapeute fait prendre le risque de basculer objectivement, mais surtout par rapport au regard des autres, vers l’univers paramédical ou de la pathologie. En revanche, à la différence d’un médecin, d’un psychologue ou d’un thérapeute, on ne « consulte » pas un coach et y avoir recours implique seulement d’avoir besoin d’un « petit coup de pouce » :

« J’avais un a priori vis-à-vis des psys. J’ai dit : « De toute façon, je ne veux pas aller voir de psy ! » Pour moi, je ne vais pas chez un psy, donc je ne suis pas complètement tarée ! » (Anaïs)

Accompagnement pratique

La durée de l’accompagnement, plus courte que dans une thérapie « classique », ainsi que la dimension très pratique du coaching, car centrée sur la dimension comportementale du jeune, sont également considérées comme des atouts :

« Les gens n’ont pas envie d’une thérapie, ils ont envie d’avoir quelque chose de concret, de rapide. » (Lucie M.)

« Je pense que la psychothérapie peut faire peur ! Souvent, on a un problème et on se dit : « Si je vais aller en psychothérapie, ça va être plus long ! Il ·ne va pas y avoir de l’effet avant x temps ! Je veux quelque chose qui fasse de l’effet plus rapidement. » Je pense que dans certaines situations, oui, on a envie que ça change rapidement ! Et donc on va moins en profondeur, mais il y a des réponses qui viennent plus vite ! » (Juliette A.)

« Ne pas avoir l’étiquette de », c’est ce qui, aux yeux des jeunes et de leurs parents, fait toute la différence avec un psychologue, et participe à certains égards au développement du marché du coaching scolaire. C’est également ce qu’a relevé Scarlett Salman à propos des coachs en entreprise, pour qui « se présenter comme coach permet […] d’échapper aux stéréotypes dévalorisants dont pâtit, au sein des entreprises, le titre de psychologue ».

Pour les jeunes qui s’adressent à un coach, le fait que ce professionnel se démarque de l’univers paramédical est important. Shutterstock

Pour autant, l’ensemble des coachs scolaires que nous avons rencontrés (tout comme une partie de ceux étudiés par Scarlett Salman) mentionnent leur attrait pour « l’accompagnement » et l’analyse de leurs propos met en exergue les liens ténus entre le conseil et la psychothérapie.

Ainsi, « le coaching peut être […] envisagé comme une manière d’exercer une pratique clinique sans pâtir d’une activité faiblement rémunérée et dévalorisée » – tout particulièrement pour les coachs en entreprise qui n’ont pas les mêmes revenus que les coachs scolaires, dont l’activité est plus récente et moins développée. « Le coaching sert alors de transition haut de gamme entre le conseil en ressources humaines et la psychothérapie […] » (Scarlett Salman, Le temps des coachs ?).

La proximité qu’entretiennent les coachs avec l’approche clinique tient non seulement aux outils mobilisés, mais aussi au fait que l’ensemble des coachs rencontrés « font un travail sur eux-mêmes » avec l’aide d’un psychologue, psychothérapeute ou psychanalyste.

Afin de pallier l’image de « gourou » qui peut être associée aux coachs dans les discours de sens commun, les écoles privées dans lesquelles les coachs ont été formés tentent d’asseoir leur légitimité en imposant aux futurs coachs de suivre une thérapie ou un autre accompagnement personnel, à l’instar des professionnels du champ de la psychologie.

Ainsi, « ces exigences d’un travail sur soi participent de la formation de l’identité professionnelle, de la “fabrication” du coach : c’est ce travail sur soi qui assure la transmission de “compétences” non directement rationalisables. Là encore, comme l’a montré Hughes dans son étude sur les médecins (1958), plus que de compétences à transmettre, il s’agit bien de la “fabrication” d’une identité professionnelle indispensable à la constitution du métier de coach » (Salman).

Profils d'apprentissage

Les coachs scolaires cherchent également à se démarquer des enseignants, tant dans la posture qu’ils déclarent adopter que dans la nature de leur accompagnement. En effet, ils considèrent être dans une position « basse », présentée comme opposée à celle de l’enseignant, qui adopterait traditionnellement, selon eux, une position surplombante, de « sachant » :

« La posture de coach n’est pas une position haute, de dire ce qu’il faut faire, mais une posture basse, c’est-à-dire d’aider la personne à avancer elle-même sur son chemin et à construire son propre processus de compréhension et de réponse à sa problématique. » (Florence P.)

Reportage de 2017 dans les pas d’une coach scolaire (France 3 Bretagne).

Considérer ne pas savoir par avance ce qui va fonctionner et chercher à s’adapter à chaque jeune accompagné, principe communément partagé par les coachs scolaires, les conduisent à mobiliser notamment le concept de « profil d’apprentissage » développé par Antoine de La Garanderie. En s’opposant à la figure de l’enseignant, les coachs scolaires se mettent également à distance, du moins en apparence, de la compétition et de la pression scolaires incarnées par les notes, qu’ils jugent trop fortes, allant jusqu’à provoquer un mal-être scolaire chez les jeunes.

C’est pourtant ce mal-être qui constitue le terreau du coaching puisque c’est ce qui conduit les jeunes et leurs parents à se tourner vers un coach scolaire. Opposer ainsi la posture du coach à celle de l’enseignant est bien un moyen pour les coachs de se positionner sur ce que l’institution scolaire et ses membres ne font pas, et par là même de s’épanouir dans son ombre.The Conversation

Anne-Claudine Oller, Maîtresse de conférences en sciences de l'éducation, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

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