Sélection livre : La personnalisation des apprentissages, Sylvain Connac

Sylvain Connac, La personnalisation des apprentissages, Esf - Café pédagogique,                            Paris 2012, isbn 978-2-7101-2417-7, 23, 35 €.

"Individualiser ce n'est pas possible. C'est trop de travail pour les enseignants. Personnaliser par contre c'est possible". Professeur des écoles, formateur, Sylvain Connac a une longue expérience d'enseignant. Pour sortir de la spirale de l'échec scolaire, il invite dans un nouvel ouvrage, co-édité par le Café pédagogique, à revisiter l'enseignement. Une démarche réaliste qui s'appuie sur des tests et des exercices pour déjà mieux connaître ses propres repères pédagogiques.

 

Comment lutter contre l'échec scolaire massif dans l'école française ? Le gouvernement a entrepris une refondation. Sylvain Connac nous invite à bien comprendre qu'un élève apprend avec ce qu'il sait et ce qu'il est. Le travail de l'enseignant c'est de prendre en compte ces particularités pour s'en servir au bénéfice de la motivation de l'élève et de ses apprentissages. Pas pour proposer à chaque élève un parcours particulier. Ce serait une tâche impossible et sans doute peu motivante pour l'élève. Mais pour apprendre aux élèves à se doter des outils de coopération qui vont les aider à progresser et à réellement individualiser leur apprentissage.

 

C'est donc bien une révolution pédagogique que propose Sylvain Connac. Mais une révolution à portée de main, appuyée sur des exemples nombreux et des repères théoriques bien installés. Appuyé sur de nombreux exercices et tests, le lecteur se trouve en situation personnalisée de formation pédagogique. Il peut la partager avec ses collègues. Ou faire ce chemin pédagogique qui permettra une meilleure prise en compte de l'hétérogénéité des classes et finalement plus de réussite scolaire.

 

Résistance au changement, refondation, évaluation des élèves, Sylvain Connac définit ce qu'est la personnalisation et ses rapports avec la coopération. Il répond à nos questions

 

Personnaliser son enseignement est-ce vraiment profitable ?

 

Quand on évalue le système éducatif français en fonction des inégalités, il est très mal placé, avec 150 000 sorties sans diplôme chaque année par exemple. Il y a donc un grand enjeu à proposer un système de personnalisation des apprentissages donnant la possibilité à tous les élèves de progresser, y compris à ceux qui veulent aller très loin alors que ceux-ci également souffrent du système actuel où on n'a pas de temps pour cela. La rentabilité de la personnalisation c'est donner à chacun la possibilité de continuer à progresser.

 

Personnaliser c'est pourtant ce que notre système éducatif ne sait pas faire. Pourquoi est -ce comme ça en France ?

 

Parce que la culture du système éducatif s'est alignée sur le modèle du lycée napoléonien. Le collège est devenu un petit lycée et l'école primaire prépare déjà l'élève à ce modèle. C'est une conception très collective de l'enseignement qui est tenable du moment où on n'essaye pas de démocratiser le système. Démocratiser l'Ecole impose de penser autrement, de refuser le tri permanent. Pour faire suite à cette volonté de démocratisation on a longtemps cherché à répondre avec l'individualisation des apprentissages. Mais l'individualisation est pédagogiquement intenable car elle demande un temps de travail impossible à l'enseignant. Elle est aussi intenable pour l'élève car il ne peut pas travailler tout le temps tout seul. Il a besoin de la force des interactions. La personnalisation répond à ces préoccupations. C'est l'équilibre entre le travail individuel et collectif.

 

Pour vous personnaliser cela passe par la collaboration ?

 

La personnalisation est liée à la coopération et à une conception de la personne. Une personne c'est différent d'un individu. La personne c'est un individu dont on reconnait le potentiel de relations. Un individu devient une personne quand on accepte chez lui l'ensemble des relations avec son environnement. Personnaliser ce n'est pas s'appuyer sur des travaux de groupe, où l'important ce sont les consignes données par l'enseignant. Avec la coopération on n'est pas dans le contrôle étroit des activités par les adultes. On aide l'élève à lui échapper par exemple en organisant le tutorat. Le tutorat ce n'est pas la même chose que l'aide. Beaucoup de choses peuvent aider un élève, y compris la triche. Le tutorat par contre doit être pensé et institué.

 

Cet ouvrage est un véritable outil d’auto-formation en ce sens qu’il offre à la fois des apports théoriques riches, synthétiques et organisés qui permettent de poser clairement les concepts et des analyses de situations éducatives qui permettent de mettre en œuvre à la fois des outils pour penser et pour agir. Sylvain Connac est l’exemple même du chercheur/praticien qui est suffisamment dans la pratique pour intégrer les théories et savoir les mettre à disposition de tous les enseignants, débutants ou experts dans un ouvrage facile à lire.

Si l’hétérogénéité est souvent reconnue comme un frein, elle apparaît ici comme une ressource incontournable et indispensable, personnaliser n’étant pas seulement une prise en compte de l’individu mais bien d’une personne. Il s’agit donc de tenir compte de la manière dont chaque élève apprend, de ce qu’il est, de ce dont il a besoin, de ce qu’il réussit mais aussi de sa dimension sociale, de son rapport aux autres et à la société, de sa participation à la construction de cette société. On est donc dans une recherche d’apprentissages qui tiennent compte du « Je » et du « Nous » qui demandent à l’enseignant de penser cet apprentissage sous trois aspects : l’approche didactique, le travail individualisé et la coopération.

L’originalité de l’ouvrage est qu’il permet un réel travail d’auto-analyse par l’élaboration d’outils pour « se regarder pédaler »... Le pédagotest par exemple, introduit chaque chapitre et permet avant d’entrer dans la problématique, de s’interroger sur nos représentations et notre profil. Une liste de questions, parfois introduite par une situation, interroge sur nos actes mais aussi sur nos dire, et parfois c’est cet écart qui est révélateur de nos questions, de nos besoins ou de nos incompréhensions. En fonction des réponses, il apparaît que notre lecture du chapitre ne sera pas la même. Le pédagotest est donc un moyen de mettre en relation de manière consciente ce qui est lu avec ce que nous avons déjà construit autour de cette problématique et la manière dont nous mettons en œuvre ces conceptions dans notre pratique. Utilisé par une équipe, le pédagotest est un outil pertinent pour mesurer l’écart entre les représentations de collègues et l’écart entre les discours et les actes. C’est sans doute une étape indispensable avant de se lancer dans un travail d’équipe. De même des Qsorts sont proposés afin de faire émerger les représentations d’un groupe et de lancer des débats, de faire réagir autour de ce qui fait consensus et au contraire de ce qui s’oppose. C’est un outil qui peu s’avérer très utile aussi en formation. Enfin la lecture des résultats du test permet de revenir aux questions et de réfléchir sur les réponses qui correspondent aux représentations qui sont les nôtres et que nous n’avons pas cochées. L’occasion de mieux analyser les contextes qui modifient nos réponses ou nous écartent de nos idéaux pédagogiques.

Conférence de l'auteur

Q sort pour Pedago Test de Sylvain Connac, un extrait