Zoom sur les réformes et le ministère Blanquer de l’Education

RÉTRO RÉFORME OU LA FORMATION DES ENSEIGNANTS : UN GRAND RETOUR VERS LE PASSÉ 

Comment les enseignants sont-ils formés aujourd'hui ?

Dans des instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspé), rattachés à une université, derniers avatars de feux les instituts de formation des maîtres (IUFM), disparus en 2013, eux-mêmes successeurs des écoles normales. Les étudiants, admis après l’obtention d’une licence (bac +3) y préparent, en deux ans, un master « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation ». En première année, ils passent les concours de l’enseignement : concours de recrutement de professeur des écoles (CRPE) ou certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes).

Que propose la réforme ?

Celle-ci est double. D’une part, elle crée une nouvelle voie d’accès au professorat des écoles (maternelle, élémentaire). D’autre part, elle réforme la scolarisation dans les Inspé.

Sur le premier point, dès la rentrée prochaine, les élèves de terminale, qui en auront fait le choix sur la plateforme Parcoursup (limite de dépôt des vœux le 11 mars) pourront intégrer un parcours préparatoire dès la première année de licence : une alternance d’enseignements de culture générale suivis au lycée (sur le modèle des classes préparatoires), de cours à l’université adossés à la recherche, et de stages pratiques d’observation. Après la licence, les étudiants pourront poursuivre classiquement par un master et passer le concours.

Sur le second point, la réforme des Inspé déplace les concours de la fin de la première à la seconde de master.

Quels avantages ?

Selon le ministère de l’Éducation nationale, la création du parcours préparatoire au professorat des écoles offre une « professionnalisation progressive » aux futurs enseignants, rendant le métier plus attractif. Dans le même esprit, la réforme des Inspé vise à limiter ce que le Sgen-CFDT avait appelé « le bachotage intensif la première année du master ».

Zoom sur les réformes et le ministère Blanquer de l’Education

Quels inconvénients ?

Pour le site Café pédagogique, très suivi par les enseignants, le parcours préparatoire au lycée, en éloignant les étudiants des bancs de l’université signe «  le retour aux blouses grises » et souligne le « projet totalement rétro » de Jean-Michel Blanquer. Mais c’est la réforme de la scolarisation dans les Inspé qui provoque le plus de remous. Le déplacement des concours en deuxième année de master a une triple conséquence : les apprentis enseignants devront effectuer des stages, donc être en situation d’enseignement, sans avoir le concours ; n’ayant pas celui-ci, ils perdront une année de salaire (1 400 € nets), remplacée par une indemnité de stage de 865 € bruts ; et ils devront cumuler la même année, formation, stage et rédaction d’un mémoire. Lourd.

Zoom sur les réformes et le ministère Blanquer de l’Education

Tribune du HuffPost : Ultime rentrée scolaire de Jean-Michel Blanquer: un quinquennat de régressions pour l'école, tribune de Yannick Trigance 

Conseiller régional IDF, Secrétaire National PS à l’Education et à l’Enseignement Supérieur

Avec une certaine idée de l'école en tête, le ministre Blanquer a pratiqué la technique du fait accompli. Il a géré la crise sanitaire à coups de protocoles jamais co-construits, constamment modifiés, toujours imposés.

Cette ultime rentrée scolaire du “quinquennat Blanquer” est marquée du sceau d’un record: celui d’un ministre qui aura tenu son poste rue de Grenelle pendant les cinq années de la présidence Macron. Nulle prétention ici de balayer l’ensemble des éléments, événements, décisions qui ont impacté durablement notre système éducatif sous l’action de Jean-Michel Blanquer: l’exercice serait long et fastidieux. Pour autant, à l’aube d’une campagne présidentielle dont on peut souhaiter, contrairement à la précédente, qu’elle place l’éducation au cœur des grands enjeux de notre société pour les années à venir, il est utile de braquer les projecteurs sur au moins trois caractéristiques de la politique éducative du ministre Blanquer qui resteront comme des marqueurs d’une certaine idée de l’École. 
 

“Je ne change rien, je change tout” 

17 mai 2017: lors de la cérémonie de passation avec Najat Vallaud-Belkacem rue de Grenelle, le tout nouveau ministre Blanquer déclare: “Il n’y aura pas une  énième loi ou réforme...”. Et d’ajouter vouloir engager une “démarche pragmatique” en conservant “ce qui fonctionne”. Engagement qu’il confirme le 26 mai 2017 lors de son discours au 94ème congrès de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP): “Il n’y aura pas de loi Blanquer, j’en serai fier.” 

En totale contradiction avec ses déclarations de bonnes intentions, le ministre engage aussitôt le démantèlement de la réforme des rythmes scolaires qui, au-delà de ses imperfections, garantissait à tous les élèves cinq matinées de classes hebdomadaires ainsi que l’accès gratuit à des pratiques artistiques, culturelles et sportives: une régression assumée dans la lutte contre les inégalités entre les élèves. 

Il supprime de la même manière le dispositif “Plus de Maîtres que de Classes” (PDMQDC) pourtant plébiscité par les équipes éducatives et abandonne la réforme du collège qui visait notamment à remettre de la mixité sociale et scolaire dans les établissements et à proposer une seconde langue à tous les élèves dès la classe de 5ème

L’évaluation du système éducatif est mise sous la coupe ministérielle avec la suppression du CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire), (...)  le ministre raye d’un trait de plume une instance d’évaluation indépendante dont notre pays a tant besoin pour améliorer son système éducatif et réduire les inégalités sociales de réussite scolaire. (...)  

Au final, malgré les déclarations de bonnes intentions, il y aura bel et bien une loi Blanquer, cette loi de “L’école de la Confiance” très vite renommée “L’école de la défiance” par bon nombre d’acteurs de l’éducation, tant la méthode utilisée tout comme le contenu ont généré, souvent à juste titre, des critiques voire des oppositions.

(...) (c’est) l’implacable technique du fait accompli qui contourne l’ensemble des corps intermédiaires que sont les associations de parents d’élèves, les syndicats enseignants, les acteurs de l’éducation populaire…  (...) Plus subtil encore: en focalisant son discours sur des représentations et des images nostalgiques d’une école idéalisée (les méthodes de lecture, le port de l’uniforme…), le ministre Blanquer a tenté de détourner l’attention de sujets de fond comme par exemple celui des classes de CP et de CE1 à 12 élèves (qui dans l’absolu peut y être opposé?). Petit rappel s’il en était besoin: ce dispositif n’a pu voir le jour qu’en supprimant des milliers de postes dans les collèges et les lycées alors que son efficacité reste encore très largement à démontrer, comme vient d’ailleurs de le souligner dans une note d’analyse l’Institut néo-libéral Montaigne pourtant très proche du ministre Blanquer.

La mainmise ministérielle sur la liberté pédagogique des enseignants via la diffusion de guides (“petits livres oranges”) qui resteront dans les mémoires s’étend jusque dans les différentes strates de l’Institution avec des personnels régulièrement amenés, souvent au prix de leur autonomie et de leurs conceptions éducatives, à faire passer les réformes descendantes du ministre, ce qui aboutira en mai 2020 à la publication inédite d’une tribune d’une quinzaine de hauts fonctionnaires de l’Education nationale dénonçant l’autoritarisme du ministre Blanquer. (...) évitant systématiquement les confrontations et débats pour mieux inonder l’opinion publique d’annonces sans contradiction ni contradicteur, méfiant à l’endroit des enseignants renvoyés à un statut de simples exécutants, refusant le dialogue et le compromis, adepte d’une gouvernance descendante, le ministre Blanquer pratique l’injonction et l’assertion systématiques sur l’air du “j’ai raison mais vous ne le savez pas encore”. 

″Écoles et Covid-19: tout va bien, tout est sous contrôle” 

(...) 

Uniquement préoccupé par la non-fermeture des écoles au détriment de la protection sanitaire des équipes éducatives (avec un refus réitéré de vacciner les enseignants pourtant en première ligne), des élèves et des familles, le ministre a géré la crise sanitaire à coups de protocoles jamais co-construits, constamment modifiés, toujours imposés et qui ont régulièrement placé les cadres intermédiaires de l’éducation nationale, les enseignants, les élèves, leurs parents et les collectivités dans des situations d’urgence et dans des contraintes sans cesse renouvelées. 

Cette volonté obsessionnelle du ministre Blanquer de tout vouloir contrôler alors que tout lui échappe se retrouve par ailleurs dans une sous-évaluation chronique des chiffres du Covid-19 au sein de l’Éducation nationale, accentuant un peu plus le décalage entre les discours du ministre et la réalité de la pandémie dans les établissements scolaires, générant une suspicion jusque dans les rangs des parlementaires de l’actuelle majorité.

À ce manque d’anticipation, à cette cacophonie et à cette improvisation récurrente vient s’ajouter le camouflet infligé au ministre par le président Macron quand, le 12 juillet, ce dernier annonce qu’il y aura bien une vaccination pour les collégiens et les lycéens à la rentrée de septembre, alors que quelques jours auparavant, Jean-Michel Blanquer déclarait que la vaccination sur le temps scolaire “désorganiserait le système et diminuerait le temps d’enseignement”.

Un “quinquennat Blanquer” d’hyper-fragilisation de notre École en termes de moyens, de caporalisation des personnels, d’aggravation des inégalités et de suppression de tout dialogue social avec les enseignants comme avec les familles: pour 2022, il est grand temps de tracer un nouvel horizon pour l’École de la République, il est grand temps de rendre enfin accessible une École qui tienne la promesse républicaine de démocratisation de la réussite, autour d’orientations et de valeurs qui portent un véritable projet de société.

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