Connaissance du système éducatif, mars-avril 2013

Publié le 20 Mars 2017

Cours magistral CM en format pdf

Méthodes TD

Formule de l'exposé - débat :
- l'exposé noté du groupe de 2/3 élèves
- le débat qu'il pose pour le groupe classe
- les compléments d'information de l'enseignant, voir livre de préparation au
concours


Seconde formule, variante :
Avec la batterie des 55 questions précédentes, des débats sur la réponse à
formuler en situation de concours sont engagés, ces questions peuvent servir
pour un petit examen blanc à l'écrit...

Batterie de questions comme supports à débat pour se préparer à leur
éventualité dans les sujets du concours et ainsi envisager des pistes de préparation
et réponses :

 

Question 1 : comment établir une liaison entre l'école maternelle et l'école élémentaire?
Question 2 : dans quelles conditions un élève peut-il être amené à redoubler ?
Question 3 : l'ordre du jour d'un conseil d'école par qui est-il préparé, quand et
comment?
Question 4 : quelles sont les questions qui doivent faire l'objet d'une présentation au
conseil d'école ?
Question 5 : En quoi la présence au conseil d'école du maire et de l'élu chargé des
questions d'éducation est indispensable? Quelles sont les autres personnes invitées ?
Question 6 : Comment la réunion du conseil d'école peut-elle être conduite ? Quelle
attitude doivent avoir les enseignants au conseil d'école, en particulier en cas de
désaccord entre eux ?
Question 7 : Le projet d'école est-il utile pour le travail quotidien du Professeur des
écoles dans sa classe ?
Question 8 : la culture peut-elle avoir une place dans le projet d'école ?
Question 9  : à propos de quoi un professeur des écoles peut-il faire appel au directeur
de l'école ou doit-il faire appel au directeur de l'école ? à propos de quoi et comment un
Professeur des écoles peut-il faire appel à l'inspecteur ou à l'équipe de circonscription ?
Question 10 : pourquoi organiser des sorties scolaires et quel doit être l’Encadrement?
Question 11: des associations peuvent-elles intervenir à l'école ?
Question 12: Quel est le meilleur horaire pour organiser l'aide personnalisée ?
Question 13: Y a-t-il trop de vacances scolaires ? La semaine de quatre jours est-elle la
meilleure formule d'organisation de l'école primaire ? Pourquoi beaucoup d'élèves
paraissent fatigué à la fin de journée ?
Question 14 : Le professeur des écoles doit-il assurer la surveillance de la cantine à midi ?
Question 15 : Pourquoi le système éducatif français a-t-il connu autant de réformes au
cours de son histoire?
Question 16: l’allongement de la scolarité obligatoire est-elle une nécessité? le collège
unique est-ce une bonne chose ,
Question 17 : quelle est l'utilité des lois d'orientation pour les enseignants ? que les
instituteurs soient devenus professeurs des écoles est-ce progrès ?
Question 18: Pouvez-vous citer quelques personnalités ayant eu selon vous une influence
déterminante dans l'évolution de notre école ?
Question 19: Que signifie l'expression "hussards noirs de la république" ?
Question 20: Qu'est-ce qui caractérise le mouvement d'éducation nouvelle dans l'histoire
de la pédagogie ?
Question 21 : Quels sont les progrès qui ont marqué l'histoire de l'école ? Quels sont les
changements les plus importantes qu'à connus l' école au cours de son histoire ?
Question 21: Existe-t-il une éducation européenne ?
Question 22 : La formation des enseignants s'est-elle améliorée au fil des réformes ?
Question 23: L'école est-elle aujourd'hui à refonder ? Comment voyez-vous l'école de
demain ?
Question 24: Les classements des systèmes éducatifs européens sont-ils fiables ?
Question 25 : Que faire face à un élève en difficulté ? Enseignant spécialisé, enseignant
non spécialisé, où est la différence ?
Question 26 : À quoi servent les manuels scolaires ? Peut-on enseigner sans manuels
scolaires ?
Question 27 : Tableau noir ou tableau blanc interactif, qu'est-ce qui change dans les
pratiques pédagogiques ?
Question 28: Comment les enseignants peuvent-ils utiliser la bibliothèque présente dans
l'école ?
Question 29 : Avoir dans sa classe un enfant handicapé, est-ce une difficulté
insurmontable pour l'enseignant ?
Question 30: La lutte Contre l'échec scolaire peut-elle être couronnés de succès ?
L'enseignant peut-il lutter contre les déterminismes sociaux ?
Question 31 : À quoi servent les cahiers dans la classe ?
question 32 : l'architecture scolaire, quelle importance peut- on lui attribuer ?
Question 33 : L'apprentissage des langues vivantes a l'école: peut-elle être étrangère ou
régionale ?
Question 34: En quoi l'institution scolaire se différencie-t-elle du monde d'entreprise ?
Question 35: Savoirs scolaires et savoir extrascolaires sont-ils antagonistes ?
Question 36 : Les nouvelles technologies peuvent-elles faciliter la tâche des enseignants?
Question 37: À quoi servent les notes ?
Question 38: Peut-on exercer l'autorité dans la classe sans punir ?
Question 39 :La violence scolaire concerne -t-elle les professeurs des écoles ?
Question 40: Quelle est la place de l'erreur à l’école ?
Question 41: La pédagogie de groupe peut-elle être efficace pour la réalisation des
apprentissages scolaires ?
Question 42: Peut-on apprendre en jouant ?
Question 43: Qu'est-ce qu'un bon élève ?
Question 44: La première scolarisation influe-t-elle sur la scolarité future des élèves ?
Question 45: Vous avez un élève en difficulté dans votre classe, comment l'aidez-vous ?
Question 46 : Comment restaurer l'autorité des enseignants ? L'Autorité est-elle
contradictoire avec les libertés ?
Question 47 : qu'est-ce qu'un bon enseignant ?
Question 48: On parle aujourd'hui de plus en plus souvent d'un malaise des enseignants.
Qu'en pensez-vous ?
Question 49: Quelle motivation peut avoir un jeune aujourd'hui pour devenir enseignant ?
Question 50: Comment prendre en compte la diversité des élèves dans une classe ?
Question 51: Organiser sa classe en groupes de niveaux, est-ce utile ?
Question 52: Pourquoi les élèves ne réussissent-ils pas tous de la même façon à l'école ?
Question 53: L'école aide-t-elle les enfants à grandir
Question 54: À quelles conditions l'élève peut-il s' intéresser à l'école ?
Question 55: Que pensez-vous d'un enseignant qui gifle un élève parce que celui-ci l'a
insulté ?
 

Connaissance du système éducatif, mars-avril 2013
Les grands principes du système éducatif

Le système d’enseignement français est fondé sur de grands principes, certains inspirés de la Révolution de 1789, de lois votées entre 1881 et 1889 et sous les IVe et Ve Républiques ainsi que de la Constitution du 4 octobre 1958 : "l’organisation de l’enseignement public obligatoire gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État ".

La liberté de l’enseignement

En France, le service public d’enseignement coexiste avec des établissements privés, soumis au contrôle de l’État et pouvant bénéficier de son aide (en contrepartie d’un contrat signé avec l’État).

La liberté d’organiser et de dispenser un enseignement est une manifestation de la liberté d’expression : elle est définie par la "loi Debré" n°59-1557 du 31 décembre 1959 sur la liberté de l’enseignement et les rapports avec l’enseignement privé.

Cependant l’État est le seul habilité à délivrer diplômes et grades universitaires : les diplômes délivrés par les écoles privées n’ont pas de valeur officielle sauf s’ils sont reconnus par l’État. La réglementation des examens se fait à l’échelle nationale.

La gratuité

Le principe de gratuité de l’enseignement primaire public a été posé dès la fin du XIXe siècle par la loi du 16 juin 1881. La gratuité a été étendue à l’enseignement secondaire par la loi du 31 mai 1933. L’enseignement dispensé dans les écoles et les établissements publics est gratuit.

Les manuels scolaires sont gratuits jusqu’à la classe de troisième, ainsi que les matériels et fournitures à usage collectif. Dans les lycées, les manuels sont le plus souvent à la charge des familles.

La neutralité

L’enseignement public est neutre : la neutralité philosophique et politique s’impose aux enseignants et aux élèves.

La laïcité

Le principe de laïcité en matière religieuse est au fondement du système éducatif français depuis la fin du XIXe siècle. L’enseignement public est laïque depuis les lois du 28 mars 1882 et du 30 octobre 1886. Elles instaurent l’obligation d’instruction et la laïcité de des personnels et des programmes. L’importance de la laïcité dans les valeurs scolaires républicaines a été accentuée par la loi du 9 décembre 1905 instaurant la laïcité de l’État.

Le respect des croyances des élèves et de leurs parents implique

l’absence d’instruction religieuse dans les programmes la laïcité du personnel l’interdiction du prosélytisme

La liberté religieuse a conduit à instituer une journée libre par semaine laissant du temps pour l’enseignement religieux en dehors de l’école.

L’obligation scolaire

Depuis la loi Jules Ferry du 28 mars 1882, l’instruction est obligatoire. Cette obligation s’applique à partir de 6 ans, pour tous les enfants français ou étrangers résidant en France. À l’origine, la scolarisation était obligatoire jusqu’à l’âge de 13 ans, puis 14 ans à partir de la loi du 9 août 1936. Depuis l’ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959, elle a été prolongée jusqu’à l’âge de 16 ans révolus.

La famille a deux possibilités

scolariser dans un établissement scolaire public ou privé assurer l’instruction des enfants elle-même (avec déclaration préalable)

Les textes fondateurs du système éducatif

Le domaine de l’éducation est régi par des principes fondamentaux dont certains sont formulés dans la Constitution de la République, d’autres par la loi. L’ensemble des textes réglementaires concernant l’éducation sont réunis dans le code de l’éducation.

Le préambule de la Constitution de la Ve République déclare que "la Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, la formation professionnelle et à la culture", réaffirmant ainsi les principes d’égalité des chances, de droit à la formation et l’obligation faite à l’État d’organiser un enseignement public selon les principes de gratuité et de laïcité. Les autres grands principes du système éducatif français ont été formulés par la loi, en application de la Constitution. Les principales lois concernant l’éducation sont des lois spécifiques, mais aussi les lois de finances qui fixent chaque année le budget du ministère

Les grandes lois en vigueur

À ce titre ont été prises les grandes lois suivantes, toujours en vigueur aujourd’hui :

La loi n° 2005-380 du 23 avril 2005 d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École met en œuvre des priorités pour élever le niveau de formation des jeunes Français : faire réussir tous les élèves, redresser la situation de l’enseignement des langues, mieux garantir l’égalité des chances et favoriser l’insertion professionnelle des jeunes et l’emploi. La loi engage la modernisation de l’Éducation nationale selon trois axes : mieux faire respecter les valeurs de la République, mieux organiser les établissements et les enseignements, mieux gérer le système éducatif. Tout sur la Loi sur l’École, sur le site EduScol La loi quinquennale n° 93-1313 du 20 décembre 1993 relative au travail, à l’emploi et à la formation professionnelle, a décentralisé les actions de qualification des jeunes de 16 à 25 ans. La loi d’orientation n° 89-486 du 10 juillet 1989 fait de l’éducation la première priorité nationale. Elle a modifié et complété la législation sur le système éducatif, en réorganisant les rythmes scolaires ainsi que les cycles d’apprentissage. Les lois de décentralisation (loi n° 83-663 du 22 juillet 1983, modifiée par la loi n° 85-97 du 25 janvier 1985 ; loi n° 2004-809 du 13 août 2004), ont transféré aux communes, aux départements et aux régions les charges de fonctionnement et d’équipement des locaux scolaires, et ont fait des collèges et lycées des établissements publics locaux d’enseignement.

Les lois plus anciennes

Parmi les lois plus anciennes, on peut citer les plus remarquables, encore applicables aujourd’hui dans certaines de leurs dispositions :

La loi d’orientation n° 71-577 du 16 juillet 1971 sur l’enseignement technologique a instauré l’apprentissage et pose le principe du droit à la formation continue. La loi Debré n° 59-1557 du 31 décembre 1959 a permis de définir les rapports actuels entre l’État et les établissements d’enseignement privé : elle ne reconnaît pas d’"enseignement privé" en tant que tel, mais uniquement une pluralité d’établissements. La loi Astier du 25 juillet 1919 a défini l’organisation de l’enseignement technique industriel et commercial. La loi Goblet du 30 octobre 1886 a permis la laïcisation des personnels des écoles publiques et fixé l’organisation générale de l’école primaire. Les lois de la IIIe République ou "lois Ferry" : la loi du 16 juin 1881 a établi la gratuité absolue de l’enseignement dans les écoles primaires. Les lois des 28 mars 1882 et 30 octobre 1886 ont défini et organisé l’enseignement primaire obligatoire, pour les garçons et les filles, et ont instauré la laïcité. La loi Guizot du 28 juin 1833 a imposé aux communes d’ouvrir et d’assurer une partie du fonctionnement d’une ou plusieurs écoles primaires et aux départements d’entretenir une école normale d’instituteurs. La loi Falloux du 15 mars 1850 a fondé la liberté de l’enseignement en autorisant de façon limitée l’aide publique aux établissements privés.

Les plans pour l’éducation

À côté des grandes lois, des "plans pour l’éducation" ont pu être un moyen retenu par certains gouvernements pour mettre en œuvre de manière plus progressive des réformes de l’éducation. On peut citer le plan Langevin-Wallon élaboré à la Libération qui, s’il n’a jamais été appliqué, a longtemps constitué une référence. En 1959, le plan Berthoin a permis de prolonger la scolarité obligatoire - déjà portée à 14 ans par la loi Jean Zay du 9 février 1936 - jusqu’à 16 ans.

Le code de l’éducation

Le code de l’éducation réunit l’ensemble des dispositions relatives au système éducatif français, portant sur les principes généraux et l’administration, les enseignements scolaires, les enseignements supérieurs et les personnels.

Par ce code, première étape sur la voie de la simplification de la réglementation relative à l’éducation, les usagers - élèves, parents, enseignants, autres personnels du service public - accèdent plus facilement au droit de l’éducation en un seul document de référence, selon un plan cohérent, se substituant ainsi à une centaine de lois éparses. (Source : MEN)

Le ministère de l’Éducation nationale, de 1789 à nos jours

Les précurseurs

L’idée d’une prise en main par l’État des affaires d’enseignement a été évoquée dès 1789. Cependant, l’essentiel paraissait alors de doter la République d’un réseau destiné à instruire toutes les classes de la société. Divers établissements d’enseignement, secondaires ou supérieurs, ont ainsi été créés pendant la Révolution.

De l’Université impériale au Conseil royal de l’instruction publique

L’Etat n’a pris conscience que durant l’Empire que ce réseau était insuffisant pour assurer la formation des cadres dont il avait besoin. Il fallait une structure forte, stable et centralisée qui régule le fonctionnement du système. L’Université impériale est fondée dans cette perspective par la loi du 10 mai 1806 et organisée par le décret du 17 mars 1808. C’est une sorte de corporation laïque bénéficiant d’une large autonomie par rapport aux autres services de l’État. A sa tête, le Grand-maître de l’Université est nommé par l’Empereur et lui rend compte directement. Ce Grand-maître partage le pouvoir avec le Conseil de l’Université, formé de membres du "corps enseignant" : c’est à cette époque qu’apparaît cette expression.

La Restauration envisage de démanteler ce système, qu’il juge trop indépendant du trône et de l’autel. Une Commission de l’Instruction publique, placée sous l’autorité du ministre de l’intérieur, est nommée en 1815 pour remplacer le Grand-maître. Elle parvient cependant à maintenir pour l’essentiel les prérogatives de l’université, ce qui se traduit bientôt par sa transformation en Conseil royal de l’instruction publique (1820) puis par le rétablissement du titre de Grand-maître (1822). Le premier titulaire, Mgr Denis Frayssinous, évêque d’Hermopolis, est ensuite nommé ministre des affaires ecclésiastiques et de l’instruction publique, le 1er juin 1822.

L’instruction publique devient un ministère

Enfin, en 1828, l’instruction publique devient un ministère à part entière, dont le responsable fait partie du gouvernement, tout en gardant le titre de Grand-maître de l’Université. Ce terme disparaîtra officiellement en 1850, mais restera longtemps une sorte de " titre de courtoisie " pour le ministre. La titulature et les attributions de celui-ci resteront ensuite stables pendant une longue période. L’administration des cultes lui sera souvent rattachée, au début de la Monarchie de Juillet et sous la Deuxième République, puis de façon discontinue entre 1870 et 1895. Le rattachement de l’administration des Beaux-Arts à l’Instruction publique, lui, sera beaucoup plus stable et durable : inauguré en la personne de Jules Simon dans le gouvernement provisoire formé le 4 septembre 1870, il perdurera jusqu’à la création, en 1959, du ministère des affaires culturelles.

De l’instruction publique à l’éducation nationale

En 1932, le gouvernement d’Édouard Herriot décide de rebaptiser l’instruction publique "éducation nationale". L’expression date de la fin du 18e siècle, où elle était employée par les partisans de la prise en main par l’État des affaires d’enseignement. Elle était réapparue dans les années 1910-1920 sous la plume des adversaires de la division du système éducatif en filières distinctes. Anatole de Monzie est le premier ministre à porter cette nouvelle titulature. Il explique dès sa prise de fonction qu’elle est synonyme d’égalité scolaire et de développement de la gratuité et que, en somme, qui dit "éducation nationale" dit "tronc commun".

Cette titulature sera remise en cause pendant les premiers mois du gouvernement de Vichy, où l’instruction publique fait sa réapparition, mais l’appellation "éducation nationale" sera rétablie dès le 23 février 1941. Elle avait d’ailleurs été conservée à Londres, puis à Alger, par les gouvernements du général De Gaulle.

Aucun changement n’intervient sous la IVe République, ni d’ailleurs sous les mandats du général De Gaulle et de Georges Pompidou. Valéry Giscard d’Estaing innove, en 1974, en privant l’éducation de son épithète de "nationale" et surtout en confiant tout ce qui relève de l’enseignement supérieur à un secrétariat d’état, puis à un ministère autonome. Initiative appelée d’ailleurs à un certain avenir puisqu’elle s’est maintenue presque sans interruption jusqu’en 1995, sous des appellations diverses ("universités" de 1974 à 1986, "enseignement supérieur" de 1986 à nos jours) et avec des statuts divers (secrétariat d’état de 1974 à 1978, de 1983 à 1986 et en 1995 dans le gouvernement d’Alain Juppé ; ministère délégué de 1986 à 1988 ; ministère de 1978 à 1981 et de 1993 à 1995).

La question du rattachement de la jeunesse et des sports et de la recherche

Deux autres domaines de l’action gouvernementale sont parfois rattachés à l’éducation nationale : soit ils figurent dans la titulature du ministre, soit un secrétaire d’état ou un ministre délégué s’en voit confier la responsabilité sous l’autorité du ministre.

La jeunesse et les sports, d’une part, accèdent au rang de département ministériel avec la création, lors du Front populaire, d’un sous-secrétariat d’état à l’éducation physique. Ils continuent à faire l’objet d’un maroquin satellite de celui de l’éducation nationale sous Vichy et sous la IVe République. La Ve République confie généralement le jeunesse et les sports à un haut commissaire, à un secrétaire d’état dépendant de Matignon ou à un ministre de plein exercice. Cependant en mai 2002, Luc Ferry, ministre de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche prépare et met en oeuvre la politique du gouvernement relative aux actions en faveur de la jeunesse au sein et en-dehors du milieu scolaire. Déjà, entre 1988 et 1991, Lionel Jospin portait le titre de ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, avec à ses côtés un secrétaire d’état chargé des sports.

La recherche, d’autre part, était, sous les IIIe et IVe Républiques, de la responsabilité du ministère. Elle passe ensuite sous celle de Matignon ou de l’industrie et on ne la rapproche de l’éducation nationale et plus précisément de l’enseignement supérieur qu’en 1986. Ce rapprochement prend soit la forme d’un ministère distinct (de 1993 à 1995, puis à partir de 2000), soit celle d’un ministère délégué (de 1986 à 1988) ou d’un secrétariat d’état (de 1995 à juin 1997) au sein de l’éducation nationale. Le 4 juin 1997, la titulature du ministre Claude Allègre - et ses attributions - mentionnent l’éducation nationale, la recherche et la technologie.

En avril 2000, Jack Lang est nommé ministre de l’éducation nationale, Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, l’enseignement professionnel est confié à Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué. En mai 2002, avec la formation du premier et du second gouvernement conduit par Jean-Pierre Raffarin, François Loss, puis Claudie Haigneré occupent le poste de ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies auprès de Luc Ferry.

En mars 2004, François Fillon est nommé ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche et François d’Aubert ministre délégué à la recherche.

Organisation identique depuis le 2 juin 2005 avec la formation du gouvernement de Dominique de Villepin : Gilles de Robien occupe les fonctions de ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, et François Goulard est nommé ministre délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche.

En fonction des objectifs et de la structure du gouvernement, d’autres secteurs de l’activité ministérielle peuvent être confiés à des secrétaires d’État ou à des ministres délégués. C’est le cas notamment pour l’enseignement professionnel et l’enseignement scolaire. Ainsi, en mai 2002, Xavier Darcos occupe le poste de ministre délégué à l’enseignement scolaire auprès de Luc Ferry.

Ve République : stabilité ministérielle à l’Education nationale

Le portefeuille de l’Instruction publique puis de l’éducation nationale a la réputation de voir ses titulaires changer très fréquemment.

La chose est vraie pour la Monarchie de Juillet et pour les IIe, IIIe et IVe Républiques (un ministre aussi marquant que Jules Ferry aura passé un peu plus de quatre ans rue de Grenelle, mais dans cinq cabinets différents et non successifs).

Elle est foncièrement inexacte s’agissant d’autres régimes. S’il revient, en effet, au Second Empire d’avoir établi des records de stabilité en la personne de Gustave Rouland, qui accomplit presque un septennat de 1856 à 1863, et de son successeur Victor Duruy qui reste ministre plus de six ans, la Ve République voit le portefeuille de l’éducation nationale changer bien moins souvent de mains que des portefeuilles d’une importance équivalente : Christian Fouchet, qui aura été ministre pendant quatre ans et quatre mois, est, à ce jour, celui qui l’est resté le plus longtemps, mais la plupart de ses successeurs auront dépassé la barre des trois ans.

Source : https://www.education.gouv.fr/le-ministere-de-l-education-nationale-de-1789-nos-jours-41534

Regard sur les résultats de Pisa 2009

B. Suchaut propose une nouvelle lecture des résultats de Pisa 2009. Si on notait sur 20 les résultats des pays participant à Pisa, la Corée et la Finlande auraient 11 et le Mexique 8,7. C’est cette présentation, qui relativise les résultats de Pisa, que Bruno Suchaut, chercheur associé à l’IREDU et directeur de l’URSP, présente en exclusivité aux lecteurs du Café pédagogique. Mais peut-on relativiser Pisa ?

L’enquête internationale de l’OCDE a une influence politique réelle. En France, les résultats de PISA sont régulièrement utilisés par V. Peillon et G. Pau-Langevin pour justifier la refondation de l’Ecole. En relativisant le classement entre les Etats, Bruno Suchaut ne remet pas en question la qualité du travail de l’OCDE. Il pointe le vrai écart : les écarts de performance à l’intérieur de chaque pays. Car c’est bien au sein de chaque contexte national que l’on peut agir.

" La significativité des différences est toujours centrale en statistiques inférentielles et tient au fait que les données concernent des échantillons d’individus et non pas des populations entières". Ce rappel aux réalités statistiques ouvre l’exposé de Bruno Suchaut. "L’interprétation des scores pose aussi la question de l’échelle de mesure choisie par les concepteurs du programme PISA pour chiffrer le niveau de compétences des élèves". Pisa fixe la moyenne des scores des élèves à 500 avec un écart type de 100. Or les deux tiers des élèves se situent à plus ou moins un écart type. Sur les 34 pays de l’OCDE , 22 ont un score compris entre 480 et 520. C’est dire que les écarts sont faibles et le classement, largement médiatisé, pas toujours significatif.

Traduire Pisa dans la notation sur 20

Pour rendre plus concrète cette réalité, Bruno Suchaut propose de la traduire dans trois systèmes de notation : français, belge et suisse. Si les pays de PIsa étaient notés sur 20, le plus mauvais résultat, le Mexique, aurait 8,7 et le premier de la classe (Corée, Finlande) n’aurait que 11. " L’impression qui se dégage de la lecture du tableau et des graphiques est bien le caractère relatif des différences de performances entre les pays", affirme B. Suchaut. " La Finlande (score de 536 à PISA), très souvent citée en exemple pour la qualité de son système éducatif est, comme la Corée, distante de la France (score de 496) de seulement 0,9 points". Or " on voit bien ainsi que de dire par exemple que la France est classée au 18ème rang sur les 34 pays de l’OCDE n’invite pas aux mêmes commentaires que de dire que le premier pays du classement ne dépasse la France que de 0,9 points sur une échelle de 0 à 20."

( Café Pédagogique )

François Dubet : « L’école est en péril », extrait d’article de La Tribune

Tribune sur le système scolaire français : opinions et perspectives
 
 
 

"En panne de projet moral et éducatif". Voilà, selon le sociologue spécialiste de l’enseignement, la principale explication à la déliquescence du système français. Un système perclus d’incohérences, sclérosé par la machine administrative, les revendications corporatistes et la rhétorique doctrinaire, ébranlé par les bouleversements sociétaux, scellé dans son immobilisme, son rejet de l’innovation, et l’indifférence pour ses meilleurs éléments. Un système que particularisent un intellectualisme inapproprié, l’abandon des devoirs, la reproduction des élites, un ostracisme inepte pour le capitalisme et l’entreprise, in fine la relégation au second rang de l’objet même de ce qui fut une vocation : donner aux jeunes les armes de se construire, de trouver une place dans la société, d’être acteurs de la démocratie. Bref, selon le directeur d’études à l’EHESS, "héritier" d’Alain Touraine, un système incompatible avec la double obligation de réformer et de juguler les illégitimes inégalités. Comment, dans un tel terreau malthusien et nihiliste, espérer en France fertiliser l’esprit d’entreprendre ? "Et pourtant, soupire François Dubet, les conditions de l’aggiornamento sont connues". Peut-on espérer les appliquer ? Au classement PISA qui évalue les systèmes éducatifs au sein de l’OCDE, la France ne cesse de dégringoler. Elle apparaît au 19e rang, et même au 23e rang en compétences scientifiques, et elle est l’un des pays qui affiche le plus haut niveau d’inégalités en matière de connaissances. Par ailleurs, en 1997, le ministre ad hoc Claude Allègre qualifiait l’Education nationale de "mammouth". Le terme désignait des emplois pléthoriques, un fonctionnement sclérosé, une organisation obsolète, un immobilisme et un radicalisme idéologiques qui entravaient toute réforme. De quoi le système éducatif français et "l’entreprise" Education nationale sont-ils malades ?

- Qu’il s’agisse de performance, d’égalité et de climat scolaire, ce que révèlent les enquêtes internationales n’est pas flatteur pour la France. Le système souffre en premier lieu de son incapacité à se réformer : alors que tout le monde - parents d’élèves, enseignants, syndicats, responsables politiques, experts - s’accorde à considérer l’école face à de lourds problèmes, nous sommes paralysés par l’incapacité de métamorphoser le système. Certes, ce dernier opère des transformations au gré des évolutions de la société qui lui imposent de s’adapter. Toutefois, ces transformations sont mal vécues, parce qu’elles résultent de contraintes ou de renoncements jugés insupportables. Et toute volonté de réformer - c’est-à-dire sur le long terme à l’issue d’un bilan raisonnable, circonstancié, établi avec méthode et dans la sérénité - échoue. Nous sommes incapables d’aborder sans dogmatisme des problématiques aussi essentielles mais simples que la nature du métier d’enseignant, la méthode de sélection, les cursus de formation, le type de culture scolaire, l’avenir du baccalauréat, etc. (...)
- Le système a échappé aux politiques. En soi, ce constat n’est pas négatif, et indique qu’aucun changement ne peut être entrepris sans le consentement des enseignants. En revanche, ce principe du consentement est allé trop loin, au point de figer le champ d’intervention politique. L’école semble appartenir aux professionnels de l’école, attachés en premier lieu à défendre leur double sort professionnel et personnel. C’est sur ce mur que les grands élans réformistes du monde enseignant se sont épuisés ces dernières décennies. (...)

- La charnière se situe dans les années 70-80. L’équilibre des deux logiques corporatiste et réformiste qui animait les syndicats enseignants et irriguait leurs travaux et leurs revendications s’amenuise alors au profit de la première. Depuis, tout dans l’environnement politique, économique, social, semble interprété comme une "menace", comme un "danger" face auxquels l’enjeu syndical est d’abord de protéger l’intérêt particulier des enseignants. Dès lors, l’espérance de redéfinir des règles et de réformer le système s’éteint. Exemple symptomatique de ces échecs ? La loi d’orientation du ministre Lionel Jospin en 1989. Consensuelle et de qualité, elle intégrait une sensible augmentation des revenus en contrepartie d’un "travailler autrement" ; la première condition a été appliquée, la seconde a été enterrée... (...)

- Absolument. Ce qui d’ailleurs oblige à être indulgent à l’égard de tous les ministres de l’Education. Les profils les plus contrastés se sont succédé, mais les résultats sont presque identiques. Qu’avaient en commun le très modéré et négociateur Jack Lang et le spectaculaire et provocateur Claude Allègre ? Bien peu. Et pourtant, c’est au compte-goutte que l’on recense les réformes dictées sous leur responsabilité. Les réformes cumulées depuis une trentaine d’année, qui ont en commun l’absence d’envergure et une juxtaposition souvent synonyme de retour en arrière, déstabilisent et même démoralisent les enseignants. Pire, aucune d’elles n’aborde les sujets de fond. Mais l’incapacité à réformer n’est pas seule coupable. Le système éducatif est prisonnier d’un dogme : la société française confie sans limite à l’école la responsabilité de définir le destin social des individus. Presque nulle part ailleurs on observe une telle emprise scolaire, une telle indexation du devenir personnel sur l’envergure du diplôme. Dans ce contexte, la problématique des inégalités et des injustices scolaires devient un enjeu essentiel, et d’autant plus considérable que la situation ou l’opinion des vaincus sont reléguées. Les catégories sociales qui tirent le meilleur bénéfice de la capacité du système à les conforter et à les reproduire n’ont guère de propension à le réformer... Exemple ? Les classes préparatoires. Très sélectives et onéreuses pour le système éducatif, elles visent les grandes écoles qui garantissent de hautes positions sociales et consolident la reproduction des inégalités. On doit aussi s’interroger sur l’efficacité et l’équité du dispositif, et sur la qualité véritable des élites qui en sont issues. Or qui "ose" poser le problème ? Personne. Car la totalité des élites - quelles qu’en soient les orientations politiques - se reproduit dans ce terreau. Chacun défend la culture, la science, la civilisation, la nation... ; la réalité est ailleurs : comment cuirasser mon intérêt et garantir à mes enfants une position sociale élevée. (...)

- Tout à fait. Mais comment pourrait-il en être autrement si l’on est convaincu que le destin social de ses enfants se joue sur leurs performances scolaires acquises à l’âge de 16 ans ? Le système des classes préparatoires est particulièrement condamnable car il interroge outre la reproduction des élites, consubstantiellement le devenir des "autres", de tous ceux qui "n’en sont pas". Ce dispositif commande la totalité du système scolaire, c’est-à-dire aussi l’échec et la manière dont sont traités les mauvais élèves. (...)

- L’école républicaine s’est construite comme un substitut de l’Eglise. Elle n’était pas une organisation simplement chargée d’instruire les enfants, mais, au-delà, de façonner les citoyens de la République de la même manière que l’Eglise avait pour dessein de "produire" des chrétiens. Dès lors, elle a connu des formes de sacralisation. Ainsi le certificat d’études faisait office de baptême républicain, et le baccalauréat de rite d’entrée dans la culture. Quant à l’absence de diplôme, elle était source d’indignité, comme le profane aux yeux de l’Eglise. (...)

- C’est dramatique. Et les manifestations sont multiples. Pourquoi les grandes confédérations syndicales interprofessionnelles défendant la classe ouvrière et a priori tout à fait légitimes sur le sujet de l’école, se taisent, considérant que ce dernier "appartient" aux enseignants et donc relève des compétences des organisations corporatistes ? C’est incompréhensible, surtout quand l’école ne traite pas très bien les enfants de la classe ouvrière. Mais l’école se voit attribuer un rôle sacré, une fonction de salut : on la charge de résoudre la plupart des problèmes sociaux, d’améliorer les mœurs et l’hygiène alimentaire, de développer l’économie et l’éthique personnelle, d’instaurer la mixité sociale et la tolérance, bref de "sauver" les gens et même le monde. Ceux qui échouent et n’en sont pas dignes deviennent donc coupables de commettre une faute morale. (...)

- A entendre les ministres de l’Education citer sans cesse Condorcet ou Jules Ferry, on affirme une tradition qui hypothèque toute remise en question, toute nouvelle perspective, tout débat dépassionné. Chaque réinterrogation du programme scolaire est considérée comme une "atteinte" et fait l’objet, dans les tribunes du Figaro comme du Monde, d’un déversement de tribunes dénonçant l’assassinat de la culture ou de la civilisation. L’enjeu de "l’ambition de la nation" s’est substitué à la seule véritable question qui vaille : qu’est-ce que les élèves peuvent et doivent apprendre ? (...)

- L’école est nettement moins marchandisée qu’on ne le pense. Au contraire des universités et des centres de recherche engagés dans une compétition nationale et internationale, les établissements ante-baccalauréat sont plutôt préservés. Evitons de faire porter à une supposée marchandisation la cause de l’incapacité du corps social à engager les réformes. Les effets négatifs des politiques peuvent être mesurés ; mais la rhétorique, commode, attribuant à un vague complot libéral l’origine des maux de l’Education nationale et un dessein destructeur, est fallacieuse. En revanche, les enseignants sont exposés à une mutation profonde, très mal supportée mais qu’il est tout à fait possible d’accompagner : le passage de la vocation à la profession. (...)

- Il est nécessaire, en 2013, d’affranchir le vocable "vocation" d’attributs excessivement romantiques. Autrefois, les enseignants étaient les bénéficiaires de l’autorité que l’institution elle-même exerçait sur la société. Ainsi, tout comme à l’Eglise que représentait le prêtre, c’est à l’Institution - l’école, mais aussi l’Etat et la République - que l’élève faisait allégeance, l’enseignant n’étant "que" l’incarnation, le passeur d’une autorité supérieure symbole de raison et de guide. "Si tu ne me respectes pas, respecte ce que je représente", pouvaient objecter les instituteurs aux enfants indisciplinés. Ce modèle s’est effondré, cet idéal est révolu, dans le sillage du transfert du schéma catholique vers le modèle laïc - tous deux adoptaient des modes de production, des systèmes de formation homogènes : séminaire, séparation des sexes, école normale, etc. Les causes de cette mutation sont multiples : l’autorité de l’institution s’est épuisée, on ne croit plus avec la même innocence ni à la nation ni au progrès ni à la science, le mécanisme de promotion sociale des catégories des élites populaires vers l’enseignement a décliné au profit de classes moyennes qui se "recasent" dans l’appareil éducatif. Résultat, l’enseignant ne se sent plus empli du même devoir et des mêmes investissements à l’égard de la société. La vocation telle qu’elle se définissait n’est plus ; place à une conception professionnelle du métier : "on" ne donne plus sa vie à l’école, on n’exerce plus au nom de sa foi en la République, en revanche on recherche et on éprouve une satisfaction professionnelle. Or, dans ce contexte de mutation, on échoue à définir une "professionnalité enseignante". Et c’est là l’une des grandes manifestations de l’impuissance politique, incapable d’"aider" au passage de la vocation à la profession. C’est cette transformation que le métier d’enseignant doit accomplir. (...)

- Le vieux modèle vocationnel républicain s’épuise, et cela affecte de nombreux métiers. Je milite pour que les enseignants soient recrutés à bac +1, formés dans des écoles professionnelles, et pour qu’ils apprennent le métier comme le font les Suédois, les Finlandais, les Japonais ou les Canadiens. De plus, l’école républicaine autrefois avait un projet moral et éducatif : sous-jacent à l’apprentissage de savoirs, il s’agissait de former un individu à se maîtriser, à communiquer, à être responsable, bref à se construire. Ce projet moral a malheureusement disparu. Chacun revendique une école équitable, juste, productrice de bons professionnels, mais personne n’est en mesure de dessiner l’essentiel : le "type d’individu" que l’on souhaite faire éclore. La communauté juvénile est confrontée au monde des savoirs et des évaluations. Le corps enseignant dénonce avec raison la décomposition des liens familiaux, la bêtise médiatique, une anomie généralisée ; mais, dépourvu de projet éducatif, concentré sur la performance et l’apprentissage des enfants, il contribue in fine à ce qu’il dénonce ! La société gagnerait à produire de jeunes adultes intellectuellement curieux, qui ont confiance en eux et dans les autres. Les jeunes sont unanimes : ils confient à l’école le soin de les préparer à être performants, et à leur entourage celui de les former en tant qu’individus. La problématique du contenu de la "mission" des enseignants est endémique. Et les manifestations, comme celles du temps de Claude Allègre ministre, refusant l’étiquette de pédagogues ou d’éducateurs, m’attristent. Comme les enseignants ne sont pas non plus des savants, alors que sont-ils ? Ce refus de la responsabilité éducative est, à mes yeux, inacceptable. Et même sotte, car la plupart des professeurs en réalité l’assument naturellement au quotidien. L’école - et, au-delà, les services publics - ne peut pas ignorer un fait : il lui appartient de participer, même modestement, à colmater la brèche, puisque la société n’assure plus suffisamment ses responsabilités en matière d’éducation. Mais cela exige de ne pas abandonner les enseignants à leur sort et de les armer dans ce sens. (...)

- L’école a vocation à résister, mais aussi à former des résistants. Il ne s’agit, bien sûr, pas d’isoler les jeunes des désordres et des passions du monde, mais simplement de les rendre plus intelligents pour comprendre le monde et y trouver, à partir de raisonnements autonomes, une place. Que voulons-nous que nos enfants sachent et maîtrisent ? Savoir être et savoir penser : voilà à quoi l’école doit former en premier lieu. Il est capital d’apprendre aux enfants à devenir de futurs acteurs de la démocratie. Or comment y parvenir dans un système éducatif à ce point non démocratique et qui n’accorde ni droit ni leçon de vie collective aux apprentis ? Pour cela, encore faudrait-il réintroduire ce qui manque cruellement : la notion de droits et de devoirs. Une bonne école, c’est une "communauté d’adultes" qui prend en charge une "communauté d’élèves" ; ce n’est pas une juxtaposition d’heures de cours saucissonnées sans cohérence ni lien ni sens entre elles. Plus la société se désocialise, plus l’école a le devoir de fabriquer des sujets "acteurs" et responsables. (...)

- L’école est un miroir, elle s’adapte à tout ce qui produit la mutation des comportements (nouvelles technologies, internet, téléphones portables, etc.). Mais que fait-on de ces bouleversements ? Comment les intègre-t-on à un projet éducatif ? Ces questions semblent ne pas intéresser grand monde. Prenons l’exemple de la mixité. On ne peut qu’y être favorable, mais des travaux sociologiques font état d’un durcissement des identités sexuelles, garçons et filles renforçant de leurs côtés leurs particularismes et faisant enfler les hostilités. Problème fondamental, qui interroge bien au-delà de son périmètre et devrait faire l’objet d’investigations et de partages au sein du corps enseignant. Il n’en est rien, la plupart des professeurs considérant le sujet extérieur à leur stricte mission d’enseigner. Comment s’étonner alors que dès huit ans des enfants proposent eux-mêmes d’être formés par internet faute de percevoir l’intérêt véritable de l’école ? (...)

- Le système éducatif s’est calé sur le simple critère de l’ancienneté pour procéder, mécaniquement, aux promotions. Pendant très longtemps, le maître rendait des comptes à l’inspecteur qui rendait des comptes au Ministre qui rendait des comptes à la nation. Cette méthode est révolue. Les parents attendent énormément de l’école, et notamment qu’elle soit capable de dire ce qu’elle fait. Et on ne peut qu’y souscrire. Parce qu’il paie des impôts qui financent l’éducation, chaque citoyen est en droit de savoir ce que le système produit, si les enfants progressent et ce qu’ils apprennent, etc. Le monde éducatif doit rendre des comptes, non seulement à l’institution qui l’héberge mais aussi aux citoyens qui le rétribuent et lui confient leurs enfants. Chaque enseignant a besoin de savoir ce qu’il fait, et doit même accepter, dans le supérieur, d’être évalué par les étudiants. Tout cela est certes dérangeant pour les professeurs habitués à la simple évaluation de leur tutelle, mais c’est pourtant essentiel pour les accompagner dans leur propre progression. C’est aussi une manifestation de la démocratie. (...) En revanche, dans le primaire ou le secondaire, le raisonnement doit être différent. Evaluer individuellement les enseignants n’est pas opportun. Et d’ailleurs plusieurs études menées aux Etats-Unis démontrent les limites d’un système pervers à la satisfaction duquel les professeurs se consacrent en priorité au détriment de l’éducation des enfants. En revanche, je souscris à l’évaluation de l’établissement. Ainsi pourrait-on récompenser ou sanctionner le projet éducatif dont la qualité résulte de la volonté de chaque enseignant de contribuer à un dessein collectif. Ainsi est-on personnellement concerné par le comportement et l’engagement, positifs et négatifs, de son confrère. Dans ces conditions, toutes les difficultés professionnelles ne pourraient être ignorées et les enseignants pourraient être aidés... Cette dimension permettrait aussi de développer une solidarité entre professeurs, trop souvent anémique. Comment ne pas me remémorer ces collègues rentrant en larmes d’un cours et qui s’isolaient au fond de la salle des professeurs sans que personne ne vienne les secourir... Le monde de l’enseignement est d’une solitude absolue au nom de l’autonomie de chaque enseignant. L’enseignant perfectible ou fragile ne sera jamais aidé ; ses collègues feront en sorte de ne pas placer leurs enfants dans sa classe. A toutes ces conditions, la fonction éducative pourrait être activée, et chacun pourrait se sentir pleinement "responsable". Enfin, alors que le contexte sociétal et notamment la remise en cause des autorités parentale et professionnelle rendent l’exercice du métier d’enseignant de plus en plus difficile, un tel dispositif d’évaluation constituerait une aide précieuse.

- Effectivement, et de manière très injuste. La stratégie syndicale cherche seulement à limiter certains problèmes plutôt qu’à s’attaquer au fond. Tout le monde, et en premier lieu les enseignants en pâtissent. Pourquoi les professeurs des lycées parisiens les plus protégés se plaignent - du niveau des élèves, du comportement des parents, de la sclérose administrative, etc. - quand leurs homologues suédois, canadiens, australiens des établissements de quartiers défavorisés affichent un moral qui ne peut que nous surprendre... (...)

- Là encore surgit un lourd problème. D’une part, le vocable même "d’entrepreneur" est négativement connoté, tout comme l’adjectif et le substantif "libéral" alors qu’hors de l’Hexagone il porte les principes d’égalité, de justice, d’État-providence et de tolérance... La France souffre d’une sorte de "théologie scolaire", similaire à la théologie cléricale, concédant à l’État central la responsabilité d’uniformiser les process et de tout contrôler. L’Eglise a eu son Vatican II, mais le système éducatif n’a, lui, pas fait son aggiornamento. Toute évocation de "formation professionnelle à l’école" suscite la peur et la colère : va-t-on soumettre les enfants au "mal" capitaliste ? semblent dire les contempteurs. Le monde enseignant ne manque pas, loin s’en faut, de sujets qui entreprennent. Malheureusement, l’administration constitue un obstacle, souvent rédhibitoire. Toute tentative d’innover, de proposer des modes alternatifs d’enseignement davantage adaptés au profil des enfants, est une épreuve. Enfin, n’oublions pas le dogme, si spécifique au système français et source de ses blocages : le faux conflit syndicats - administration. Tous deux forment en réalité un couple et se contrôlent mutuellement, dissuadant tout - et notamment les initiatives nouvelles et audacieuses - ce qui peut remettre en question les habitudes et les convictions, aussi dépassées ou inopérantes soient-elles. Ils s’accordent à maintenir le système dans la pesanteur et l’immobilisme. Et ainsi, toute expérimentation réussie est étouffée au lieu d’être essaimée. "Au moins, faites en sorte que la machine administrative ne décourage pas ceux qui entreprennent, bousculent, inventent", ai-je envie de transmettre, comme seule requête, à Vincent Peillon. (...)

- Je participais à une commission de réforme des programmes des sciences économiques et sociales. J’en ai démissionné il y a trois ans. La raison ? Le découragement face à des débats qui se concentraient sur le volet théologique ou doctrinaire du programme - "que faut-il enseigner pour que cela profite à la sociologie et à l’économie ?" - au détriment de la seule interrogation qui vaille : qu’est-ce qu’il est utile qu’un élève apprenne ? La rhétorique antilibérale et anti-entreprise au sein du corps enseignant est une réalité, parfois incohérente quand on sait combien l’univers de l’école, obsédé par les classements, soumis aux diktats de l’hyper sélection et de l’hyper compétition, opposé aux choix de carrière des élèves et capable de délaisser les plus vulnérables, est lui-même d’une extraordinaire brutalité ! Et cela, on peut le juger aux maux de ventre des enfants, à leur angoisses devant les notes dès le primaire, à leur peur - conjuguée à celle, souvent motrice, des parents - d’échouer. Cet univers de l’école a, pendant longtemps, revendiqué une sorte de havre de paix, même une leçon de sagesse et d’exemplarité en riposte à la "brutalité" de la société, notamment économique. Ce temps est révolu parce que l’école elle-même est devenue brutale et dénonce la brutalité réelle du capitalisme pour cacher sa propre violence. (...)
- C’est fondamental, mais cela interroge la nature des modes d’apprentissage. Or quels sont-ils lorsque les études internationales établissent que les jeunes Français, pourtant parmi les plus favorisés de la planète, sont les plus pessimistes sur leur propre sort, n’ont pas confiance en eux, ou se jugent massivement en situation d’échec ? Quels sont-ils lorsque 80 % des élèves français en situation d’incompréhension n’osent pas interpeller leur maître alors que 80 % de leurs alter egos américains ou suédois lèvent le doigt dans hésitation ? Comment, dans des conditions aussi peu encourageantes, aussi peu accueillantes développer un esprit critique ? Le drame est que les élèves ont souvent compris que ce qui est vraiment intéressant dans la vie et utile à leur construction d’homme est inaudible dans l’enceinte scolaire. Plutôt que d’esprit critique, l’école développe la résistance à l’école, une forme de désillusion pessimiste... (...)
- La société ne peut pas fonctionner sur le caractère aléatoire de l’héroïsme personnel, surtout dans un environnement autant porté au maintien des arts et traditions éducatifs. Espérer créer une éthique n’est pas raisonnable ; mais on peut aspirer à façonner les conditions d’une responsabilité. Et celle-ci, les établissements doivent l’assurer à l’égard des élèves non seulement dans leur apprentissage technique mais dans leur comportement général - vie collective, ambiance à la cantine, attitude lors des ateliers théâtre ou sport, relations garçons-filles, etc. D’autre part, les maîtres doivent disposer de compétences professionnelles et didactiques plus grandes. Or en France les chiffres sont éloquents : pourquoi un élève sur quatre connait-il de très grandes difficultés de lecture en CM2 ? Les explications dénonçant la paupérisation des conditions sociales ne sont pas totalement acceptables, car d’autres pays occidentaux n’étant pas mieux lotis ont cependant moins d’échecs scolaires précoces. Les pays protestants disposent à ce titre d’un avantage : ils ont su "fabriquer" des établissements scolaires de droit plein et entier sur le modèle de la communauté démocratique des croyants réunie autour du pasteur. En France, les établissements sont à l’image des paroisses : un échelon intermédiaire, asservi à une autorité supérieure - le ministère pour les premiers, le Diocèse pour les secondes - et donc dépourvu de véritables autonomies et responsabilités décisionnelles. Les répercussions sont pléthore. Parmi elles : l’affectation des enseignants, orchestrée par un ordinateur selon des paramètres bureaucratiques et rationnels alors qu’un système de cooptation assurerait de bien meilleurs résultats. (...)
- C’est un chantier considérable. Comme l’a bien détaillé Philippe D’Iribarne dans Le sens de l’honneur, la Révolution française fut certes une formidable affirmation d’égalité démocratique, mais elle répandit aussi le rêve secret, pour chacun, d’accéder au cénacle de l’aristocratie... D’aucuns vivent constamment dans l’ambivalence : notre société est à la fois fondamentalement démocratique et elle défend aussi âprement toutes sortes de rangs et de castes. La méfiance à l’égard de l’argent émane de l’aristocratie et du clergé, de tous temps suspects à l’endroit des réussites ou des fortunes soudaines. Or nous vivons dans un monde pleinement capitaliste, certes pour le pire mais parfois aussi pour le meilleur, car l’argent est moteur d’autonomie et de liberté. Nous devons apprendre à assumer davantage de cohérence. Reconnaissons enfin qu’à l’ère d’une financiarisation extrême et mondialisée qui dénature et défigure dans l’opinion publique l’acte vertueux des entrepreneurs, tisser une relation saine à l’argent devient compliqué. Les "revenus obscènes" et la grande pauvreté n’aident pas à apaiser le rapport à l’argent. (...)
- L’accumulation des fissures peut provoquer une profonde fracture. Le découragement et la résignation devant la possible inutilité de l’enseignement ont gagné les esprits. Le décrochage scolaire est une réalité, puisqu’il affecte chaque année jusqu’à 150 000 élèves. De leur côté, la plupart des recruteurs sont complices, puisqu’ils sont rivés sur les diplômes et participent à l’exclusion des plus vulnérables. Le poids des qualifications scolaires leste le dynamisme du système productif et nourrit une logique de reproduction et de consanguinité à l’intérieur même des entreprises. Jusqu’à présent, on faisait face à des enfants qui découvraient, lors de leur cursus, leur inaptitude au système éducatif : dorénavant apparaissent des élèves qui d’emblée et a priori n’ont pas confiance dans ledit système et se disqualifient. C’est ce qui caractérise les ghettos américains. Et c’est le pire des spectres. Seules solutions : d’une part que l’école soit davantage éducative, c’est-à-dire qu’elle s’intéresse aux individus, à leur personnalité, à leurs champs singuliers, de réalisation ; d’autre part que les diplômes occupent une place moins importante dans la vie sociale. Ainsi les non diplômés auront davantage d’opportunités, et les diplômés seront "allégés" d’une injuste rente. (...)
- Pour l’essentiel, les inégalités scolaires sont le produit des inégalités sociales, et donc diminuent ou progressent proportionnellement à la réduction ou à l’accroissement de ces dernières. Or en France, au contraire du Canada, l’envergure des inégalités scolaires est bien supérieure à celles que laissent supposer les inégalités sociales. En cause : une culture scolaire sélective, et la perception qu’il n’existe aucune autre opportunité de réussite que l’école. Ce qui par ailleurs enjoint de taire définitivement les chimères dorées et récurrentes qui confèrent à l’école un levier d’ascenseur social ou la responsabilité de résoudre tous les maux de la société et de l’individu. Faut-il pour autant abdiquer ? Non. Une meilleure qualité d’établissements et de l’offre éducative serait décisive. Tout comme un plus grand brassage, afin que les meilleurs et les "pires" des élèves ne se concentrent pas dans les meilleurs et les "pires" établissements. (...)
- Et c’est bien pour cette raison qu’il faut saisir le problème à bras le corps ! Cela passe en premier lieu par la constitution d’équipes solides, par la fidélisation des meilleurs et des plus entreprenants professeurs, mais également par une stratégie d’implication des parents d’élèves. Les études le démontrent : plus ils sont informés, sensibilisés, mobilisés, responsabilisés à l’égard de leurs enfants et associés aux enjeux, y compris scolaires et pédagogiques, de l’établissement, plus le niveau des élèves progresse. Enfin, il est impératif de fournir les clés pour se déplacer dans les méandres de l’administration, pour simplement obtenir les informations utiles à la compréhension du système comme des enjeux de l’orientation. Pour autant, il faut raison garder : l’école ne va pas sauver le monde. (...)
- Si l’école publique ne s’y emploie pas, qui le fera ? (...) Le succès des établissements privés - y compris dans les couches sociales très populaires - résulte en premier lieu du mécontentement des parents pour l’école publique, mais aussi de l’assez grande similarité entre ces deux familles. L’école publique a été conçue pour résister à ces forces d’éclatement, et pour cela requiert un support d’équité et une vocation éducative. Si ledit système poursuit sa marche en avant vers une compétition tous azimuts, vers une production de diplômes réservée à un aréopage privilégié et dépouillée de tout projet éducatif, alors il y a de quoi être très inquiet. Car alors la mission première de l’école publique : "faire commun", aura disparu. De 3 à 16 ans, l’école doit dispenser un seul et même enseignement. C’est la condition d’une plus grande égalité. Si ce projet échoue, le privé ne pourra que se développer. Il est temps de rappeler qu’au nom de l’intérêt général, pas plus que l’hôpital aux médecins ou l’armée aux militaires, l’école n’appartient pas à la "machine" - ministère, administration, établissements, enseignants - Education nationale. (...)
- Tout dispositif de discrimination positive doit être abordé avec beaucoup de prudence et de retenue. Il n’a de légitimité et d’intérêt que s’il est fondé sur des critères de mérite exclusivement personnels et non sur de supposés mérites de "groupe" : les groupes n’ont pas de mérite. Les membres des "minorités visibles" n’aspirent aucunement à un régime de faveur, synonyme d’atteinte à leur dignité. Les dispositifs visant à saupoudrer dans les prestigieux établissements quelques poignées de jeunes méritants issus des quartiers défavorisés ne sont pas inutiles mais font office de poudre aux yeux et ne résoudront aucunement le problème ; le véritable enjeu porte sur la qualité de l’enseignement dispensé à ceux qu’on envoie en lycée professionnel dès la troisième. Or ils sont chaque année plusieurs dizaines de milliers, et sont dans, leur immense majorité, issus de catégories sociales désavantagées. Il n’est pas difficile de sélectionner une vingtaine de banlieusards ultra-brillants pour les envoyer à l’Ecole Polytechnique ; en revanche, abaisser le taux d’illettrisme de 20 % à 10 % chez les enfants de 10 ans, donner aux adolescents le plaisir d’apprendre et donc la possibilité de se "construire", voilà un vrai et beau défi. Et bien plus difficile à exaucer. (...)
- Question extrêmement complexe. La pratique des échecs et du tennis vous apprend à endosser seul la paternité du succès ou la responsabilité de la défaite. L’école rêve d’être ainsi : un espace qui a neutralisé toute ingérence, toute influence extérieure pour assurer des conditions équitables de compétition. Mais ce rêve est chimérique car si le mérite est louable, on ne peut rien face au facteur "chance" et à l’influence des inégalités culturelles et sociales. Les études démontrent ainsi que la beauté physique de l’élève n’est pas étrangère à ses performances scolaires, car les professeurs sont davantage attentifs, la confiance personnelle est plus élevée, l’aura auprès des camarades et donc le rayonnement sont plus grands. Est-ce un mérite ? Non, bien sûr. Naître dans une famille stable et cultivée est une chance qui se transforme automatiquement en mérite scolaire. Est-ce vraiment mérité ? La fiction du mérite est utile, mais elle ne doit pas devenir fantasme. La compétition méritocratique est la seule manière d’allouer des individus à des positions sociales inégalitaires. Mais ce mécanisme juste a priori peut engendrer de très grandes inégalités. Il faut donc être méritocratique sans aller au bout de cette logique et ce soucier surtout du sort de ceux qui n’ont pas de mérite. (...)
- Absolument. Contrairement aux idées reçues, toutes les catégories socio-professionnelles sont favorables au mérite et à des inégalités qui sanctionnent l’effort. Ce n’est pas l’apanage des cadres. Ainsi, la population ne revendique aucun égalitarisme, et même reconnait que les écarts de salaires indexés au degré de responsabilité sont normaux... (...)
- Ce qui est en cause, ce sont les inégalités excessives et les inégalités non méritées. La société a pour responsabilité de contenir l’amplitude des inégalités de telle sorte qu’elles ne cassent pas le sentiment d’unité. L’inégalité est considérée obscène lorsqu’elle marginalise, lorsqu’elle exclut de l’humanité que l’on croyait encore partager, lorsqu’elle donne le sentiment que "l’on n’est plus du même monde". Cela advient lorsque les grandes richesses deviennent abstraites, que leurs propriétaires ne sont plus accessibles, et que les lieux ou les circuits de production de ces richesses ne sont plus compréhensibles. Dans le vieux modèle de société "communo-gaulliste", le patron était certes riche et puissant, mais il était là, présent, visible, la perception d’inégalité liée aux écarts de rémunération était donc plus acceptable. (...)
- Les enquêtes conduites auprès des ouvriers montrent une grande nostalgie pour cette époque du patron reconnu, et simultanément un rejet du néo-management actuel aux ordres de "chefaillons" et d’une hiérarchie invisible et fuyant ses responsabilités. Un néo-management pervers, et qui place les subordonnés dans une incertitude permanente érigée en dogme. Or la routine est tout aussi bonne, y compris pour l’organisation du travail. Laquelle, parce qu’elle est sans cesse remise en question, réévaluée, redimensionnée, est vécue comme une entrave à l’exercice de son métier et apparaît même en tête des motifs de souffrance. Alors on se résigne, on aborde tout changement, toute nouvelle méthode comme ponctuels et voués à être reconsidérés quelques mois plus tard, on se démotive, et on se recroqueville pour ne pas s’exposer. (...)
- Nous évoluons dans un sale climat. S’installent le sentiment que chacun est menacé, la préoccupation de protéger coûte que coûte son acquis et sa position, et donc une haine à l’égard de ceux susceptibles de les mettre en danger. Ce climat est très "Années 30". D’autre part, le monde du travail est très hétérogène. Reconnaître le mérite chez un enseignant universitaire ou un commercial en informatique ne peut répondre aux mêmes critères. Or dans le même temps, nous évoluons dans un univers de comparaison, avec la perception que la reconnaissance des uns menace celle des autres. (...)
- Les acteurs sociaux sont nettement plus consistants, pertinents et responsables qu’on ne le dit. Au sein de l’école, cela signifie qu’on ne peut espérer endiguer les retards, les absences, la discourtoisie, le désintérêt des élèves si les professeurs eux-mêmes ne donnent pas l’exemple. C’est à cette seule condition qu’il sera possible de restaurer un rapport à l’autorité aujourd’hui dénoncé par ceux-là mêmes censés l’appliquer mais qui s’en déjugent ou s’en affranchissent. L’exercice de l’autorité est considéré comme un "sale boulot" alors qu’il constitue en réalité un extraordinaire régulateur et le meilleur rempart aux dérapages. Mais les enseignants ne se sentent guère soutenus et il arrive que le mauvais exemple vienne d’en haut. (...)
- Effectivement, le malaise est protéiforme mais trouve sa racine essentiellement dans les comportements. (...) Pendant longtemps, les citoyens ont éprouvé le sentiment qu’ils "faisaient société", que leurs particularismes sociaux, professionnels, politiques, religieux, n’étaient pas un obstacle à la solidarité qui avait pour socle la nation, le travail, et pour charpente une souveraineté politique à laquelle tous souscrivaient. L’État commandait, de manière rassurante, la vie sociale et "homogénéisait" la culture nationale. Aujourd’hui, la nation continue d’être une réalité, mais la perception grandissante est qu’elle se dilue, s’échappe. Et se radicalise. Les représentations intermédiaires s’affaissent, libérant les angoisses et enflant les replis, y compris identitaires. Le jeune cadre trilingue rompu aux nouvelles technologies et aux règles de la mobilité n’est pas affecté. Mais toute cette partie de la population exclue des nouveaux paradigmes de la société mondialisée vit dans la peur, et veut confier son avenir aux sauveurs et aux imprécateurs qu’elle croit capables de la protéger de ce qu’elle ne comprend pas. Cette situation est comparable à celle du début du XXe siècle. Nombreux étaient ceux qui, écartés des bouleversements technologiques de l’époque, étaient paniqués par ce progrès qu’ils ne saisissaient pas et par l’irruption de nouvelles inégalités qu’ils ne maîtrisaient pas. Ils ne tombaient pas, mais anticipaient ou simplement redoutaient la chute. La fameuse "peur du déclassement" chère à Eric Maurin.

Veille législative sur la refondation de l’école, pour les étudiants

de l'UE connaissance du système éducatif

 

Mixité sociale affirmée, place des parents dans l’école, numérique renforcé : les sénateurs et sénatrices ont sensiblement veulent modifier le texte de la loi d’orientation pour la refondation de l’Ecole. La commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat a adopté le 14 mai le texte qui sera soumis au débat du Sénat du 23 au 26 mai. Ils en proposent une lecture qui accentue la réforme pédagogique.

Le Sénat muscle le texte de la loi d’orientation sur l’Ecole

"Il va falloir changer le logiciel" de l’éducation nationale. "C’est un souffle nouveau". Marie-Christine Blandin, présidente de la commission, et Françoise Cartron, rapporteure, ne mâchent pas leurs mots. Sous leur houlette la commission a profondément modifié le texte adopté en première lecture par l’Assemblée nationale. Sur les 430 amendements déposés, 130 ont été retenus et, au final, la moitié des articles de la loi ont été modifiés.

Epreuve transdisciplinaire au brevet, évaluation par compétences à l’école

Ainsi les sénateurs affirment une nouvelle orientation pédagogique dans la loi. La principale intervention sur le terrain concerne le brevet où un amendement écologiste a instauré une épreuve interdisciplinaire. Le brevet "comporte la réalisation d’un ou plusieurs projets réalisés par l’élève de manière transdisciplinaire". Voilà les IDD affirmés. L’évaluation par compétences est vivement encouragée dans l’article 23 : " Dans l’enseignement primaire, l’évaluation sert à mesurer la progression de l’acquisition des compétences et des connaissances de chaque élève. Cette logique d’évaluation est aussi encouragée dans l’enseignement secondaire." Le redoublement doit devenir "exceptionnel" aux dires de l’article 25bis. Les enseignants doivent être formés à la résolution non-violente de conflits dans les ESPE affirme l’article 51. Les modifications des cycles, prévues dans l’annexe du texte de l’Assemblée, deviennent article de loi dans le projet sénatorial : "La scolarité en école maternelle comprend un cycle unique. La dernière année de l’école élémentaire est couplée avec la première année du collège en un cycle commun. Le nombre et la durée des autres cycles sont fixés par décret". Le principe de la coopération comme base pédagogique de l’école est inscrit dans la loi.

Le socle précisé

L’article 7 , rédigé en compromis avec les sénateurs communistes, confirme l’existence du socle et le définit. "Les éléments de ce socle commun et les modalités de son acquisition progressive sont fixés par décret, après avis du Conseil supérieur des programmes. Ils se réfèrent à la recommandation du Parlement européen et du Conseil du 18 décembre 2006 sur les compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie (2006/962/CE)."

Former les cadres pour le changement

Pour permettre ce nouvel esprit, le Sénat a l’idée d’obliger (articles 54bis et ter) la formation des inspecteurs et des chefs d’établissement. En les formant ils pourraient devenir des accélérateurs, et non des freins, de la réforme.

Mixité sociale au programme

C’est que les sénateurs ont voulu inscrire des principes dans ce texte. La lutte contre les inégalités sociales devient un principe de base de l’Ecole dès l’article 3A. Pour l’assurer concrètement les sénateurs modifient la carte scolaire. " Un même secteur de recrutement peut être partagé par plusieurs collèges publics situés à l’intérieur d’un même périmètre de transports urbains", affirme l’article 12 bis. Pour les sénateurs il s’agit d’encourager la mixité sociale en diluant les choix parentaux. L’enseignement agricole n’est pas oublié par les sénateurs : l’Etat sera contraint de prendre en charge les manuels scolaires des établissements agricoles.

Le rôle des parents renforcé

Lors du débat à l’Assemblée nationale, la place des parents à l’Ecole avait été réduite par rapport aux ambitions de la commission de l’Assemblée. La commission du Sénat ne pousse pas la loi bien loin mais elle établit des droits nouveaux pour les parents. " Il est prévu dans tous les établissements un espace à l’usage des parents d’élèves et de leurs délégués", affirme l’article 45bis. Cet espace n’est pas à la charge de l’Etat et reste mal défini mais il devra exister... Les parents ne récupèrent pas le dernier mot en matière d’orientation comme le souhaitait la commission de l’Assemblée. Mais l’expérimentation de cette procédure d’orientation passe de l’annexe de la loi à l’article 32bis : la voilà bétonnée. L’article 52bis contraint les enseignants à aider les parents dans leur rapport à l’école. Le 43 oblige les C.A. à faire un bilan annuel des actions en direction des parents. Enfin le Sénat est revenu sur l’article 4ter qui donnait le droit aux établissements scolaires de revenir sur la scolarisation d’un enfant handicapé. Il est supprimé.

Le numérique

Les sénateurs recommandent les logiciels libres ("Ce service public utilise en priorité des logiciels libres et des formats ouverts de documents") et définit le numérique come un outil pour une pédagogie de la coopération (article 10).

Langues régionales

La place des langues régionales, qui avait fait l’objet d’un bras de faire à l’Assemblée, est renforcée par le Sénat. Soutenu par les écologistes , l’enseignement d’une langue régionale n’aura plus besoin de l’autorisation des parents.

Moins forte qu’à l’Assemblée, la majorité sénatoriale n’a pas intérêt à afficher ses divisions. Par conséquent l’esprit de compromis a régner dans la rédaction du projet de loi et les influences écologistes par exemple ont pus s’imposer plus facilement qu’au Palais Bourbon.

Le projet de la commission sera proposé en séance à partir du 23 mai. Une centaine d’amendements devraient être proposés. Le chemin législatif pourrait être encore cahoteux.

Article de François Jarraud pour le Café pédagogique