Cours HD2022: Le journal de bord comme outil d'analyse personnelle des pratiques professionnelles, via l'écriture

Publié le 30 Octobre 2021

Le journal de bord n'est pas un journal intime qui est destiné à rester secret. Ce n'est pas non plus une simple retranscription des événements successifs d'une journée de travail. Il s'agit d'un travail réflexif à destination de personnes extérieures à qui on peut souhaiter faire partager certaines de ses observations professionnelles et personnelles.

Utilisé pendant une formation continue d'adultes, le journal de bord suivra la progression du cursus de formation, il sera tenu pendant les jours de formation. 

C'est un outil essentiel qui permet de matérialiser le lien entre la théorie et la pratique. Naturellement, l'écriture n'est pas un acte qui va de soi, ce n'est pas un acte naturel.

Le formateur d'adultes doit aider l'apprenant à trouver à la fois le moment propice pour rédiger son journal de bord et à gagner en confiance. 

Avoir confiance dans sa capacité à rédiger, à se questionner, et à lire son travail à des collègues. Il ne faut pas avoir peur de se lire et d'être lu. Il s'agit de renouer avec l'écriture, de s'entraîner quotidiennement, car la progression de l'utilisation de l'écriture dépend de la régularité de son utilisation même.

Une supervision de la pratique d'écriture est à mettre au point une fois par mois. C'est un temps de mutualisation permettant d'échanger avec ses collègues de travail ou de formation à partir de l'extrait issu du journal de bord qui aborde des situations professionnelles récentes. Chacun peut explorer une manière d'écrire grâce à la mutualisation. Nous verrons qu'il est possible d'expliciter ses émotions, de réfléchir précisément à des détails, de se questionner jusqu'à pour certains à l'infini. La peur de choquer, l'impression de mal écrire, la crainte d'être mal interprété ou de porter des jugements comme la peur de dévoiler ses difficultés sur le terrain professionnel ne peuvent être des freins dans l'utilisation de cet outil d'écriture. 

Exemple d'atelier pour faciliter l'écriture professionnelle : 

- un atelier en petit groupe avec 5 personnes maximum, 

- chacun expose une situation qui sera débattue. 

- après avoir posé des questions à la personne exposant pour lui permettre d'expliciter la problématique, les participants tentent de dégager des pistes de solution...

Le formateur a pour fonction de faciliter la prise de parole de tous les participants, de garantir à chaque participant de sortir de cette séance avec des pistes de solution et enfin de faire ressortir la problématique abordée par les participants à travers son extrait de journal de bord. 

Les petits groupes de 5 personnes peuvent se retrouver ensuite en grand groupe pour évoquer des thèmes abordés au sein de chaque atelier. Le formateur cherche alors des références théoriques sur les thèmes abordés, des références issues de la sociologie des organisations, de la psychologie sociale, à la psychologie de l'éducation, de la psychologie clinique ou des sciences du travail. 

Il peut alors être donné à lire des textes courts avec l'idée de pousser les participants dans l'envie de puiser dans la théorie des éléments pour enrichir la pratique professionnelle. 

Le journal de bord est très bien adapté dans le cas d'une formation en alternance dans la mesure où il comble le maillon parfois manquant entre la pratique de terrain et les enseignements théoriques dispensés en institut. C'est aussi un outil méthodologique pour la rédaction d'un mémoire de formation.

textes à étudier

L’écriture du journal comme outil de formation de soi-même | Cairn.info

 

textes à étudier

Les méditations qui suivent voudraient d’abord tenter de décrire phénoménologiquement l’écriture du journal comme outil de formation de soi, puis de réfléchir sur cette pratique à la lumière de la théorie critique, avant de montrer comment ce travail sur soi peut prendre en compte tous les aspects de la transversalité interindividuelle ou sociale d’une personne. Le journal devient alors un moyen de travailler l’insertion de la personne dans les collectifs qui l’entourent. Non seulement le journal est outil de formation de soi-même, mais aussi formation du monde qui interagit sur la personne. Lire le journal des autres est une dimension supplémentaire dans sa formation personnelle.

L’objet est de poursuivre les analyses d’une expérience de diarisme menée dans le cadre d’une formation pré-professionnelle et rapportées dans un livre récent (Quatrevaux, 2002) en avançant quelques propositions didactiques éventuellement réexploitables dans une formation d’enseignants. Il est successivement traité : du diarisme comme catalyseur de réflexions ou dialogues dans un cadre pouvant, de surcroit, servir à une (auto) évaluation ; de la professionnalisation par le développement d’une compétence pour la communication ; enfin, plus fondamentalement, de la remise en jeu des rapports du rédacteur au(x) savoir(s) et au(x) discours et, par là, à lui-même et aux autres. L’ensemble s’achève par une réflexion sur les liens privilégiés qu’entretiennent «écrits intermédiaires » et position «intermédiaire » occupée par les apprentis - enseignants.

TEXTES D'EXPERIMENTATION A ETUDIER

Le journal de bord en formation : une parole de travail

Dominique Bucheton et Alain Decron

 Cet article se propose d'étudier la relation entre construction d'une identité professionnelle d'enseignant et élaborations langagières stratifiées dans plusieurs tâches d'écriture, au cours de l'année de PE2. Le portfolio regroupe les différents éléments d'évaluation d'un stagiaire au cours de sa deuxième année d'IUFM. Le Journal de Bord est le troisième et dernier élément intégré au portfolio. Il est élaboré au cours d'un stage en responsabilité et témoigne de différents moments d'écriture et de pensée par rapport à la mise en œuvre.

Ces deux dispositifs ont donc comme caractéristique principale d'obliger les stagiaires à remettre en chantier écriture et pensée lors de plusieurs strates langagières successives. Nous émettons l'hypothèse que ce processus de réécriture permet de mettre la pratique à distance pour l'éclairer grâce à des apports multiples qui ont besoin de temps pour s'organiser en une trame réflexive complexe.

(...)

Nous voyons un grand nombre de PE2 se servir des différentes propositions d'écriture pour affiner leur recherche sur un sujet qui leur tient à cœur. Il est bien sûr difficile de savoir au travers de l'écriture si des savoirs professionnels sont incorporés, mais il est certain que l'intérêt de passer par de multiples strates langagières est devenu pour beaucoup une réalité. Nous avons obtenu dans la plupart des cas un engagement effectif dans ces étapes intermédiaires de la construction des savoirs, puisque de nombreux croisements ont existé entre modules de français, mémoires, parcours personnalisés. Des stagiaires ont écrit et publié un mini dossier dans le numéro 405 des Cahiers Pédagogiques pour relater et analyser les projets d'écriture-réécriture qu'ils ont mené sur le terrain. Nous voyons donc un réinvestissement et un transfert de compétences dans des pratiques professionnelles.

Même si de nombreux problèmes subsistent quant au pilotage par les stagiaires de leur tâche d'enseignement, il semble que la tenue de ce Journal de Bord joue un rôle d'outil dans la régulation de l'action. Il aide les stagiaires à identifier et objectiver les évènements perçus.

En conclusion, nous pourrions nous poser quelques questions centrales : • Avons-nous introduit du doute et du flou grâce à cet outil ?

Il semblerait que la réponse soit souvent positive. C'est bien dans ce flou que chacun peut s'engager pour devenir auteur et non plus seulement agent ou acteur de son enseignement. « Mes débuts furent difficiles [...] Il a fallu que j'apprenne à m'adapter à eux et non pas les pousser à s'adapter à moi. Une fois ce fait établi dans ma tête, je me suis trouvée plus détendue, plus attentive, plus à l'écoute de leurs progrès. » (Catherine, PE2). « Ce qui m'a le plus surprise, c'est le rapport à l'oral. » (Tamara, PE2).
Avons-nous réussi à éveiller la dimension de singularité ?

Ce travail d'écriture à étapes multiples est une façon de renvoyer chacun à son propre rapport à l'écriture. Ce qui est travaillé, encore une fois, c'est la dimension d'auteur, dans sa singularité, dans son lien avec les programmes, les élèves, les parents, le reste de la communauté éducative.

« L'entrée dans l'activité est difficile. Les enfants n'ont pas l'habitude d'écrire et ont peur de se tromper [...] Le fait que j'écrive des mots de vocabulaire au tableau a été très bénéfique : certains élèves ont ouvert des pistes que d'autres ont réutilisées dans un contexte différent. » (Virginie, PE2).

Avons-nous permis des généralisations, des conceptualisations, l'élaboration de règles ou lois pour prendre la classe en main ?

Les Journaux de Bord foisonnent de constructions qui consistent à mettre à distance l'expérience singulière pour la généraliser. Beaucoup de cours de l'IUFM sont remis en question sous la lumière de la pratique et rebâtis pas à pas, théorisés à nouveau à partir du vécu. Nous sommes probablement là devant des marques d'incorporation de savoirs professionnels.

« L'élaboration de mes fiches de préparation a évolué au cours de l'année grâce aux outils mis à notre disposition. De plus, l'analyse des séances pratiquées est un travail très formateur et enrichissant qui m'a permis de prendre du recul par rapport à mes fiches et d'être ainsi plus à l'écoute des propositions des enfants. » (Virginie, PE2).

« J'ai réalisé une bonne séance d'un point de vue ‹ traditionnel ›, mais je suis passée à côté de quelque chose de très important : La Mise en Réseau, la comparaison avec d'autres albums. La visite de l'IMF m'a ouvert les yeux. » (Caroline, PE2).
« Mais que fait-on de ces productions d'hypothèses ? Comment exploiter ces écrits ? [...] Ce genre d'exercice, en contradiction avec la production pour être lu, ne risque-t-il pas de décevoir les élèves ? » (Tamara, PE2)

TEXTE A ETUDIER EN VERSION PDF

Cours HD2022: Le journal de bord comme outil d'analyse personnelle des pratiques professionnelles, via l'écriture

L’écriture accompagnatrice : le journal de formation

Anne JORRO  Université de Provence CIRADE

La recherche qui motive cette communication tente de relier la problématique de l’écriture d’un journal de formation à l’élaboration d’une réflexion personnalisée sur l’activité professionnelle. Invités à faire des liens entre leurs pratiques et les cours dispensés en didactique du français, les formateurs et les enseignants bénéficient habituellement de l’accompagnement de l’expert disciplinaire. Or, dans cette recherche l’accompagnement ne résulte pas seulement d’un étayage externe mais du geste même d’écrire. L’écriture devenant une instance de formation à part entière. Cette démarche procède d’une approche constructiviste puisque l’écriture du journal offre un cheminement réflexif dans le processus de formation. Le journal de formation est censé produire un effet analogue à celui de l’abécédaire (Jorro, 1998, 2000) ; à la différence toutefois que le genre de l’abécédaire suppose une activité de nature conceptuelle. Le journal de formation, ici retenu, offre aux étudiants des possibilités de conceptualisation plus souples.

(...)

L’écriture du journal de formation est une écriture impliquante, exigeant un positionnement de la part de celui qui écrit ; il n’est plus seulement question d’endosser le rôle de porte-voie des théories ou des modèles didactiques. Ce qui renverrait les étudiants vers le paramètre du renvoi institutionnel, paramètre qui brouillerait l’objectif d’une appropriation pertinente des références didactiques. Se lancer dans l’écriture d’un journal de formation demande un travail de mise en liens, un affichage de sa réflexion. C’est là précisément que résident les difficultés et les promesses d’une telle écriture. Si les obstacles résident dans l’investissement réflexif et langagier du scripteur, dans le genre hybride qui installe chaque producteur sur une ligne incertaine entre l’expression d’une parole personnelle et le travail de distanciation avec soi- même, avec les références externes, les promesses nuancent les difficultés qui précèdent tant elles conduisent les scripteurs à changer de posture, à devenir sujets écrivants à partir d’un positionnement langagier construit chemin faisant dans l’écriture. Les travaux de Cifali (1996) mettent en évidence la dimension clinique de l’écriture. A la suite de cet auteur, j’avancerai l’idée que l’écriture qui accompagne le formé tout au long de sa formation l’aide à interroger sa pratique, à revisiter ses manières de faire, à se repositionner en tant que professionnel et à inventer des formes langagières nouvelles pour lui. La dimension clinique de l’écriture appartient à ce cheminement.
En conclusion, une telle démarche vise à soutenir, étayer, autoriser un étudiant à élaborer une écriture personnelle à partir de laquelle il construit son propre mode de compréhension et d’action dans les démarches didactiques qu’il met en œuvre sur le terrain. L’écriture accompagnatrice permet la production d’une réflexion, celle qui se dégage d’un rapport strictement fonctionnel avec la connaissance et avec les pratiques langagières pour faire valoir une implication autre.

Pratiques diaristes en formation Alain Quatrevaux; Repères, recherches en didactique du français langue maternelle

L’objet est de poursuivre les analyses d’une expérience de diarisme menée dans le cadre d’une formation pré-professionnelle et rapportées dans un livre récent (Quatrevaux, 2002) en avançant quelques propositions didactiques éventuellement réexploitables dans une formation d’enseignants. Il est successivement traité : du diarisme comme catalyseur de réflexions ou dialogues dans un cadre pouvant, de surcroit, servir à une (auto) évaluation ; de la professionnalisation par le développement d’une compétence pour la communication ; enfin, plus fondamentalement, de la remise en jeu des rapports du rédacteur au(x) savoir(s) et au(x) discours et, par là, à lui-même et aux autres. L’ensemble s’achève par une réflexion sur les liens privilégiés qu’entretiennent «écrits intermédiaires » et position «intermédiaire » occupée par les apprentis - enseignants.

 

 

Les méditations qui suivent voudraient d’abord tenter de décrire phénoménologiquement l’écriture du journal comme outil de formation de soi, puis de réfléchir sur cette pratique à la lumière de la théorie critique, avant de montrer comment ce travail sur soi peut prendre en compte tous les aspects de la transversalité interindividuelle ou sociale d’une personne. Le journal devient alors un moyen de travailler l’insertion de la personne dans les collectifs qui l’entourent. Non seulement le journal est outil de formation de soi-même, mais aussi formation du monde qui interagit sur la personne. Lire le journal des autres est une dimension supplémentaire dans sa formation personnelle.

https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2016-1-page-139.htm

Le cahier journal universitaire


Transmettre c’est d’abord recevoir, accueillir l’Autre, dans sa singularité, pour l’inscrire dans un partage du “commun”. L’Autre renvoie à une individualité mais aussi à un collectif, la relation pédagogique s’inscrit dans une dynamique d’un partage des savoirs. « Nous vivons la relation pédagogique comme une co-éducation : le maître apprend autant de la relation que son élève ».

Célestin Freinet a donné au journal une place centrale dans la mise en place de l’école moderne. Il sert à médiatiser les écritures impliquées des enfants. Tous les jours, dans les classes Freinet, les élèves écrivent un texte libre dans leur cahier d’écrivain, leur “journal de recherche”, présenté au groupe ; certains sont choisis, par un vote, pour paraître dans différents journaux, celui de la classe, celui de l’école, celui du village, selon différents thèmes ou rubriques : les arts, les sciences, les métiers, l’histoire, etc.

L’année dernière, au moment des attentats de janvier, j’ai proposé à Camille, étudiante en M2 professionnel, dont j’étais la tutrice dans le cadre de la classe, d’écrire notre journal, que nous imbriquerions l’un à l’autre, pour nous aider, à la fois à nous rassembler intérieurement face à ce sentiment de dislocation qui nous habitait et aussi à nous distancier de l’entrechoquement des différents discours et interprétations.

Je préparais alors un séminaire universitaire sur le journal : nous allons nous étayer les uns les autres à la fabrication d’un objet de recherche, dans la mise en marche de la pensée par l’écriture. Chaque étudiant entretenait un rapport particulier au journal, pour certains, c’était un outil qu’on leur avait enseigné dans leur formation professionnelle ; ils étaient en quelque sorte déjà “initiés”. D’autres avaient cette relation intime au journal, une écriture pour soi, et certains n’avaient aucune expérience de la pratique diariste.

Pour une étudiante, l’écriture du journal représentait une réelle souffrance, quelque chose d’indépassable jusqu’à ce que par hasard, elle me croise dans un espace d’exposition à la Cité de la musique La petite boîte de Chagall. J’observais les enfants sur les différents ateliers artistiques et ludiques proposés, elle m’interpella de cette façon :

« – Alors, Madame, on écrit son journal ? ».

Un espace s’est alors ouvert, une “auteurisation” : écrire devient possible parce que l’étudiante entre dans l’espace d’écriture de l’enseignante, construit dans l’expérience d’un quotidien ; je suis à cette exposition avec mes propres enfants, comme l’étudiante, et j’écris mon journal, cela devient une réalité qu’elle peut partager. Dans ce moment du séminaire sur le journal de recherche, nous avons étudié des textes : l’entretien de Remi Hess avec Kareen Illiade, le livre de René Lourau.

Lorsqu’un étudiant lit un extrait choisi de son journal, un temps de silence lui succède toujours. Le groupe accueille la parole de celui qui s’expose comme un don effectivement, essayant de se tenir à la bonne distance, chacun attend que les idées lui viennent, sans polémique ou esprit de revanche. Il ne s’agit pas de dévoiler une part intime de soi-même : le choix opéré est d’exposer aux autres son travail d’écriture, son entrée dans la formation universitaire, dans une remise en recherche du questionnement par le collectif comme peut le faire quotidiennement un enfant de maternelle dans une classe Freinet, sauf qu’il apparaît que cette approche a été perdue au fil de la scolarité, ou même jamais abordée.

Les étudiants se sont alors interrogés sur la façon dont le journal pouvait correspondre à une évaluation formelle, et entrer dans le jeu institutionnel de la formation universitaire. Effectivement, ce travail rendu représente bien plus que la satisfaction partagée du devoir accompli. J’ai dans un premier temps découvert que les journaux des étudiants apportent à l’enseignant une vue panoramique de la formation. En faisant le lien entre les différents temps, ceux des séminaires, des lectures, des colloques, etc., l’étudiant construit bien « le moment de sa formation ».

La lecture des journaux donne accès à la mémoire d’une expérience singulière au prisme d’une époque, d’une histoire commune, elle procure autant de points de vue, qui permettent une mise au point plus nette et plus précise sur un événement. Car c’est à l’expérience même, à travers la médiatisation du journal, que le lecteur accède. Les dernières recherches en neuro-sciences s’accordent à donner la preuve de ce que nous savions déjà depuis Homère : l’empathie pour autrui ou la visualisation conscientisée des événements opèrent par la narration et le récit. Par exemple, lire le journal de K. qui habite Lesbos donne une autre définition que celle diffusée dans les médias du drame des migrants, qui arrivent par milliers à cet endroit de l’Europe : les journaux opèrent comme un miroir tendu sur les différentes interprétations du social, j’y repère des positionnements sur l’école auquel je n’avais jamais pensé, de par mon statut d’enseignante. Les étudiants m’apportent des références bibliographiques, des questionnements pour mes recherches, ils m’ouvrent des univers que je ne connaissais pas du tout.

C’est pourquoi l’écoute du journal des autres nous aide à nous familiariser avec notre propre journal. Au-delà du transfert, le journal nous donne accès à la perpétuelle transformation de soi, à travers l’autre. Tous les journaux des étudiants, à deux exceptions près, relataient les attentats du 13 novembre ; alors, dans un ultime retranchement, même si tout est “pour de faux” comme disent les enfants, je pensais que des mots dans les enjeux du savoir et les querelles du pouvoir, recueillis dans un journal, pouvaient servir à cela : se donner du temps à soi et ré-ouvrir un espace pour soi, écrire le trauma pour continuer à penser un monde partagé.

TEMOIGNAGES